Clément en Argentine, la suite ! #2

14 09 2010

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

Depuis mon arrivée, je prends régulièrement des petits cours de conversation pour entretenir mon vocabulaire, histoire de ne pas dormir sur mes lauriers acquis par l’immersion linguistique. Je progresse de jour en jour dans le maniement de la langue de Borges. Mon niveau est bon et cela surprend les argentins eux même. Je trouve ça très flatteur… D’ailleurs, effet pervers, j’ai l’impression qu’après ces 4 années ici, que je suis en train de perdre petit à petit et sournoisement mon vocabulaire français, genre « je ne me souviens plus comment on dit ce truc en français? ». Ca fait peur quand le mot en question est « extincteur ». Genre amnésie linguistique malgré TV5 et les radios françaises que je m’efforce d’écouter pour rester connecté avec la France.

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

Nous habitons en appartement dans la jolie ville remplie de tilleuls de La Plata, à environ 50 km sud du centre ville de Buenos Aires. Nous avons fuis par choix la capitale et ses 3 millions d’habitants agglutinés dans 30 km2, ses excès de pollution en tout genre (sonore, atmosphérique) et son manque d’infrastructure criant. La « casa chorizo » en briques rouge typiques de la province de Missiones et ses hauts plafond est l’habitation traditionnelle du pays. Etant rêveur bohème, c’est une maison que j’aime. Une vieille bâtisse pleine de charme, toute en longueur avec un patio intérieur et le confort moderne.

Cet arbre est un borracho, plus il est vieux, plus son tronc gonfle!

Cependant, la nouvelle classe aisée de l’après crise, par peur de l’insécurité ambiante, avaient décidé de vivre en banlieue dans des  » countries « , des quartiers résidentiels fermés et protégés, avec un garde 24h/24h et sa dose de barbelés. Genre contre les bandits, je crée ma propre prison. Ils sont finalement revenus s’installer ( effet de mode, c’est la grande tendance !) dans les immeubles ultramodernes et surveillés de Puerto Madero, au cœur de la ville. Avec une insécurité de plus en plus croissante, cela va de soit. Aujourd’hui, le prix du mètre carré dépasse 4.000 dollars et les grues sont toujours aussi nombreuses. Un centre commercial devrait d’ailleurs ouvrir prochainement. Je trouve cela légèrement « bling-bling » pour reprendre une expression à la mode en France. Tape à l’œil aussi. Mais bon, c’est l’effet voulu.

les grandes haciendas, des hectares entiers de vaches.

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

Oui, énormément d’activités ! Cependant, sortir de Buenos Aires le week-end reste un véritable casse tête. A moins d’avoir une voiture et un gout prononcé pour le risque (sic), sortir de la ville est particulièrement pénible pour un pays qui a délibérément laissé en ruine son réseau ferroviaire. Le réseau de métro est très souvent engorgé, à toute heure. On voit régulièrement des queues de plusieurs centaines de mètres de gens à la queue leu leu qui attendent leur bus (genre petit fourgon) privé pour rentrer en banlieue. C’est ce que je fais pour 9 pesos quand je vais à la capitale. Quant aux « bus grandes lignes » qui relient Buenos Aires aux principales grandes villes du pays en 2 ou 3 jours, le système de réservation étant digne des plus grosses crises de paranoïa (il n’y a jamais de place le jour que vous voulez ! même avec 2 semaines d’avance), il reste toujours préférable pour les nerfs de voyager avec sa propre auto.

le Parc Ichigualasto, une terre lunaire.

L’Argentine possède des kilomètres entiers de Cordillère des Andes à l’Ouest (l’Aconcagua : 7021m !), des villages autochtones perchés dans les montagnes, des stations de skis huppés, les chutes D’Iguazu (deux fois plus grandes et larges que celles du Niagara), des lacs immenses, une faune et une flore à faire pleurer Nicolas le jardinier (Baleines, pingouins, lions de mer..). La Patagonie, Ushuaia, des noms qui font rêver. Il y a des glaciers énormes et des visites sous la glace. Plus au centre du pays, vous trouverez également beaucoup de Haciendas traditionnelles qui vous initieront au rodéo ou a gérer un troupeau de 500 vaches en pleine nature, un peu comme J.R et son ranch dans Dallas. Il me reste à faire le grand sud de la Patagonie, que je ne connais toujours pas.

les chutes d’iguazu, tres impressionnant

15- A quelle fréquence « rentrez »-vous en France ?

J’essaie d’aller voir ma famille une fois par an, quand mes finances me le permettent. Pour le moment, je prévois une visite en janvier 2011(pendant les vacances d’été ici).

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

J’ai du mal à me projeter à long terme car cela devrait me faire prendre plusieurs variables incertaines en compte : la santé de mon entreprise, mon statut migratoire par rapport aux visas, mon couple ect…. Même si les chances de se re insérer en France s’amenuisent de jour en jour et le peu d’ouverture d’esprit français m’énerve quelquefois, je me dis que ma retraite se fera peut être en France, dans la campagne du Morvan avec un gros toutou poilu. Je ne sais pas. Pour l’instant, ma vie est ici..

17- Face a quelle mentalite/habitude/defaut francais etes-vous + clement, avec le recul d’habiter a l’etranger ?

Je suis plus Clémént avec le manque de « débrouillardise » des français lâchés dans la jungle Portegne. Tellement habitués à l’assistanat d’un fort état providence dans leur quotidien, le choc est énorme en arrivant à Buenos aires ou c’est du chacun pour soi, ou il est interdit de rien interdire, ou tout est accepté et peut se faire, il n’y a pas de sentiment d’appartenance à une societé bien ordonnée. Aux oubliettes les panneaux informatifs du style « il est interdit de marcher sur la pelouse » ! C’est la fin des repères rassurants très français. Une voiture qui grille un feu rouge choque une fois, deux fois, à la troisième fois on s’habitue. Cela donne une grande énergie et un éclectisme détonant dans les rues, une fourmilière dopée au redbull !

Lujan, une ville typique avec arches et couleurs ocre. Un cathedral gigantesque au bout de l’avenue.

18- Quel est le climat ?

C’est la France à l’envers avec un climat légèrement plus sec et plus doux. IL fait souvent chaud, très chaud et lourd l’été (de Novembre à Mars). Il neige rarement. En fait il a neigé en 2008 mais ce n’était pas arrivé depuis le début du siècle dernier ! Sachez qu’a moins de 10°C, l’argentin devient méconnaissable sous son imposant bardat de bonnet, écharpes, mitaines et autre panoplie montagnardesque car il a vraiment froid ! Il provoquera bien entendu quelques incidents  dus à son manque de champ visuel et d’habitude aussi car vous l’aurez compris, il prendra le volant dans cet accoutrement !

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

Je suis devenu argentin dans le sens ou j’utilise des gros mots presqu’à toutes mes phrases maintenant (Boludo/ hijo de puta/ concha de la lora pour les plus usuels !) et ça me joue des tours quand je vais en France. Mais, a contrario, j’ai gardé mon extrême politesse, c’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de dire bonjour quand je rentre dans un magasin (alors que tout le monde s’en fiche et ne vous répondra pas) et remercier les gens. J’ai gardé l’horloge du diner aussi : 20 :00. Car sinon la coutume locale c’est diné à 22 voire 23 :00. Mon ventre ne tient pas.

les danses folkloriques. Il y en a une dans chaque province du pays.

19- Y-a-t-il de la censure ?

Comme partout, le pays est victime d’une censure biaisée, presque invisible et indolore. Mais la presse est dirigée par des grands groupes (proches du gouvernement ou contre). L’oligarchie n’est pas née d’hier mais bien avoir conscience du phénomène et le schéma de ces grands groupes en tête vous permet de décoder les traitements infos. Ceci dit, depuis la fin de la dictature, je trouve la liberté d’expression de la presse reste assez saine en Argentine.

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante » 😉

N’oubliez jamais une bouteille ou un bidon en plastique laissée malencontreusement sur le toit de votre voiture : c’est un signe populaire pour signifier que votre voiture est à vendre ! Ca vous évitera bien des coups de sonnettes à votre porte pour avoir des infos !

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« De ma fenetre, je vois…. » :

Les maisons voisines. Cela n’a pas l’air mais nous somme en centre ville de La Plata ! Comme vous verrez, les villes sont très vertes, il y a beaucoup de places publiques et de nombreux espaces verts. Les argentins vivent dehors !!

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Le blog de Clément, pour tous ceux qui sont devenus accros à l’Argentine :


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Merci Clément, pour cet extraordinaire exposé, très vivant et coloré, sur l’Argentine !!

Jusqu’ici, les femmes qui ont témoigné n’avaient souvent pas osé être trop bavardes, je crois que Serge et Bangkok et Clément de Buenos Aires ont ouvert la voie !

La semaine prochaine, Emilie nous emmène découvrir Mumbai, en Inde !

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2 responses

14 09 2010
Pauline

Maintenant que je me suis un peu imprégnée du pays grâce à ce fabuleux témoignage, j’ai vraiment envie d’aller le visiter de plus près! Un jour viendra c’est sûr…
Merci !!

16 09 2010
Marie

Super exposé, j’attendais le numéro 2 avec impatience !
J’aimerais vraiment (et encore plus en lisant ce post) visiter ce pays !

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