Sophie, sa pirogue scolaire, la vie sans stress et les dachines… en Guyane

14 02 2011
  • Nous avons trois filles nées en 1994, 1997, 2001

1- Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ? Est-ce la premiere fois que vous vivez a l’etranger ?

Ce n’est pas un pays mais un DOM, et depuis peu DROM : la Guyane. Le département et la région faisant doublon, les électeurs ont opté pour la représentativité unique à une large majorité, c’est-à-dire un conseil unique qui a les attributions à la fois du département et de la région. Nous n’y avons passé qu’un an hélas, depuis nous sommes revenus en métropole. C’était la première fois que nous allions vivre hors de métropole.

2- Comment se passe la scolarisation ? Y-a-t-il des ecoles francaises ? Y avez-vous mis vos enfants ou au contraire avez-vous opte pour le systeme anglais ?

C’est l’école française puisque c’est la France, avec les mêmes enseignants et les mêmes programmes qu’en métropole. La seule différence, et de taille, c’est que nous devons acheter toutes les fournitures, y compris les cahiers d’activités qui vont avec les livres. A l’heure de la rentrée quand les journalistes nous parlent de son coût en large et en travers dans tous les journaux télévisés, ils ne parlent jamais de cette inégalité territoriale. La liste de fournitures prend une feuille A4 dactylographiée.

3- Vos enfants sont-ils bilingues ?

Bilingues français-français ? Non, je rigole ! Ils connaissent quelques expressions créoles.

4- Qu-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?

La vie est douce, pas d’hiver c’est appréciable, on se lève tôt (avec le soleil) et on se couche tôt, pas de stress, tout est calme.

5- Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ?
Les gens ont le temps. Le stress connais pas.

Palais présidentiel de Paramaribo

6- Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

Les fruits, on se régale de fruits dits exotiques. 13 cocotiers dans le jardin, des noix de coco à profusion. Des ananas toute l’année, pas ceux qu’on trouve en métropole, des petits ananas à chair très pâle, presque blanche, même le cœur est tendre et on le mange. Fruits de la passion (appelés maracudja ici), papayes, ramboutans, pommes d’eau, cerises-pays (assez acides), le manguier du voisin qui laisse passer ses branches chez nous. J’en oublie sûrement.

Le poisson, les poissons, je vais régulièrement au marché aux poissons.

Ce qui manque : la variétés de légumes, ce sont presque toujours les mêmes, on ne sort pas beaucoup des courgettes-aubergines-courges. J’ai essayé les légumes locaux, j’ai essayé une dachine, mais j’ai déclenché une rebellion générale, alors tant pis.

Autre problème : le pain. Pas de bon pain ici, ou alors il faut faire des km pour aller au supermarché. Donc je faisais le pain tous les jours. C’est plaisant quand on s’amuse à faire des pains spéciaux pour une occasion, c’est assez pesant à la longue.

7- Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

Etranges non. Le plat typique est le bouillon d’awara qui se mange de Pâques à la Pentecôte.

Dans la rubrique sensationnel, il y a des larves qui sont comestibles. Si on doit passer un séjour prolongé en forêt (chasse à l’orpaillage clandestin, randonnée, …) on apprend à les débusquer et à les avaler tout rond, si on les croque il parait que c’est très amer.

Sinon, ce n’est pas un plat mais une boisson : le cachiri. C’est de l’alcool de manioc, fait par les amérindiens. Les femmes mâchent longuement le manioc, ensuite il est mis à fermenter. Je vous avouerai que je n’ai pas goûté, je me suis contentée du rhum et des excellents punchs guyanais.

8- La vie est-elle chere ?

Oui et non. Déjà il n’y a pas de TVA. Il y a un ‘octroi de mer’, équivalent d’une TVA, sur les produits importés, uniquement s’il n’y a pas concurrence avec une production locale. Par exemple j’achetais mes échevettes de fil à broder 80 cts à la mercerie. Mais c’est un produit non périssable qui voyage par container standard et par bateau. Les produits qui voyagent par container réfrigéré sont déjà plus chers. Les produits par avion, je les boycotte. J’y ai vu, au supermarché, en plein mois de décembre, des fraises venant des…. Pays Bas ! Le drame c’est que j’ai vu des gens en acheter.

Les prix sur le marché sont assez raisonnables. Mais on ne trouve pas tout.

Les prix au supermarché sont très chers. Nous avons plusieurs supermarchés : Cora, Match qui appartient au groupe Cora, et Leader Price qui appartient au groupe Coran cherchez l’erreur. Les catalogues de « promotions » de Cora et Match contiennent les mêmes articles aux mêmes prix, la DDCCRF a du boulot. (NB : depuis notre départ, un grossiste s’est transformé en supermarché U).

Je vais assez souvent faire certaines courses chez un grossiste en surgelés. Il accepte les particuliers, à la condition qu’on achète en grande quantité (les gigots par 3 par ex) alors il faut gérer les stocks, mais on y arrive assez bien.

Bagne St Laurent du Maroni

9- Cote conduite ?

Tout un poème ! Voitures, gros 4×4, mobylettes, vélos, tout ça se mélange, il faut faire très attention. Il faut faire d’autant plus attention que la plupart des chauffeurs roulent sans assurance, ni même sans permis. La consigne de l’assureur, sur place, était claire : « tout faire pour éviter l’accident, même si nous sommes dans notre droit ».

10- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalites, les habitudes culturelles du pays ?

Dans les habitudes : la journée continue. En fait ce n’est pas tellement la journée continue en elle-même qui me dérange, mais une de ses conséquences, j’explique. A cause du climat, les fonctionnaires ont négocié la journée continue 7h-15h. Appliquée aux enseignants, ça a donnée 7h-13h. Comme les élèves finissaient à 13h et rentraient chez eux, pas besoin de prévoir une cantine. Mais avec l’explosion démographique, il n’est pas possible de construire assez vite pour absorber tous ces collégiens, donc on a ajouté un créneau 15h-17h. Donc les grandes ont leur pause déjeuner de 13h à 15h, tandis que la dernière a sa pause déjeuner de 11h30 à 13h30. Ce qui fait que je suis assez coincée à la maison.

11- L’integration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’integrer et de rencontrer toutes sortes de nationalites ?

Plusieurs communautés cohabitent :

Les amérindiens, qui essaient de vivre de façon traditionnelle. Les jeunes générations qui sont allés à l’école et au collège ne se reconnaissent plus dans cette tradition.

Les noirs-marrons ou Bushinengés, qui sont les descendants d’anciens esclaves libérés. Il y a eu de l’esclavage en Guyane, mais à une moindre échelle car l’exploitation agricole n’était pas aussi rentable qu’aux Antilles, question de climat. L’esclavage ayant été aboli (1848) plus tôt qu’au Surinam voisin, beaucoup d’esclaves du Surinam ont traversé le Maroni pour gagner leur liberté.

Les créoles, la majorité de la population, issus du brassage de toutes les populations.

Les Hmongs, originaires du Laos, qui ont fui leur pays et ont trouvé en Guyane un climat similaire à celui qu’ils connaissaient. Ils ont commencé par défricher la forêt pour cultiver pour leur propre besoin, maintenant ce sont eux qui fournissent presque toute la Guyane en fruits et légumes. Ce sont eux qui ont introduit les ramboutans, qui n’est pas un fruit endémique.

Les Brésiliens n’ont qu’à traverser l’Oiapoque, les Surinamiens le Maroni.

Les Chinois, ils possèdent les petites épiceries.

Les Libanais, ils possèdent les commerces textiles.

Les métros, c’est-à-dire ceux qui arrivent de métropole.

Depuis peu, en fait depuis la construction du pas de tir Soyouz, des Russes.

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

C’est bien là le problème. La plupart des créoles reprochent aux métros de ne pas apprendre le créole. En arrivant, une des premières choses que j’ai cherché, c’est un cours de créole. Et bien je n’en ai pas trouvé. Je crois que, finalement, c’est quand même bien pratique de pouvoir parler sans être compris.

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

Nous habitions une maison entièrement en RDC, située dans un lotissement en boucle, juste en face du collège (très pratique). L’avantage c’est que les enfants peuvent jouer ensemble dans la rue sans danger.

La maison avait une ventilation traditionnelle : pas de carreaux aux fenêtres, juste des moustiquaires, et des ouvertures à moustiquaires au-dessus de toutes les portes intérieures, si bien que les alizés traversent la maison toute la journée et toute la nuit, c’est très agréable. Le séjour était tout petit, nous n’avons pu y caser que le salon, la salle à manger s’est retrouvée sur la terrasse. Terrasse abritée bien sûr, de toutes façons comme il fait chaud tout le temps on mangeait dehors toute l’année.

Un grand jardin, mais assez peu utilisé car beaucoup de bestioles pas très gentilles se cachent dans l’herbe.

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

Beaucoup de choses si on aime la nature, beaucoup de randonnées. D’ailleurs en un an nous n’avons pas pu tout voir. Nous avons fait une excursion au Brésil, dans la ville frontière d’Oiapoque, une autre au Surinam, à Paramaribo (classée au patrimoine de l’Unesco), visité le Bagne de Saint Laurent, assisté à un décollage de la fusée Ariane, entre autres.

15- A quelle frequence « rentrez »-vous en France ?

Nous ne sommes pas revenus puisque nous n’y avons passé qu’un an. Mais nous étions partis pour quatre ans sans intention de rentrer, nous attendions plutôt les visites.

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

Nous sommes déjà revenus en métropole.

17- Face a quelle mentalite/habitude/defaut francais etes-vous + clement, avec le recul d’habiter a l’etranger ?

Au contraire….

18- Quel est le climat ?

Chaud, entre 28 et 30° toute l’année même la nuit,  une saison sèche juillet-novembre, une saison humide décembre-juin, avec une pause plus sèche en mars.

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

Pas vraiment, mes habitudes sont les miennes, où que j’aille.

19- Y-a-t-il de la censure ?

Non, c’est la France.

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante »

Il faut d’abord connaître un peu de la géographie de la Guyane : une seule route qui traverse d’Ouest en Est, de saint Laurent du Maroni à Saint Georges de l’Oyapoque. Les communes de l’intérieur sont desservies par pirogue ou par avion. (NB : depuis notre départ, une nouvelle route va jusqu’à Apatou, mais nous ne l’avons pas connue). C’est le seul département français dans lequel le Conseil Général organise le ramassage scolaire par pirogue (oui oui !), sur des fleuves officiellement non navigables.

Et pourquoi ces fleuves ne sont-ils pas navigables ? Parce qu’ils n’ont pas la signalisation fluviale officielle !

C’est ça toute la Guyane, on essaie sans arrêt d’appliquer les normes européennes à la forêt amazonienne.

« De ma fenetre, je vois…. » :

Pas grand-chose hélas, la trame des moustiquaires est trop serrée !

Bon, allons sur la terrasse pour avoir une meilleure vue sur l’extérieur : un bout du jardin, le portail, la rue,  les manguiers des voisins d’en face.

Merci Sophie !

C’est bien le premier témoignage qui est + clément avec la mentalité française après expérience, c’est peut-être justement parce que ce n’était pas vraiment « l’étranger » ?

(ce genre de remarque peut ouvrir à vive polémique je le sens ;))

***

La semaine prochaine, on (re)découvre Montréal avec Elsa !

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4 responses

14 02 2011
la mere de

Ah ce département, comme je l’aime… j’ai passé 4 ans à St Laurent et que c’était bon….. J’ai hâte de faire découvrir ce DOM à mes petits!

14 02 2011
Joëlle

Merci Sophie pour cette découverte du moins connu (touristiquement parlant) de nos DOM…
A quand le prochain départ et pour où?
Amicalement, Joëlle

23 08 2011
Agnèslamexicaine

chouette témoignage…

23 09 2012
LEPRINCE

Merci pour ce moment de détente bien nécessaire découvert par surprise et en urgence après avoir tappé sur Google les mots clés  » Pays sans stress » pour de véritables raisons de santé & un ras le bol important du stress en France au coeur des entreprises, la mauvaise foi szq gens et l’agressivité humaine quasi permanente.
Notamment à Paris même si n’en suis pas native car ai grandi ds le sud de la France (mentalité proche de celle de Paris …).

Je pense sérieusement partir car j’ai beau lutter et m’accrocher mais je ne supporte plus ce stress permanent qui détruit somatiquement ma santé et commence sérieusement à atteindre le moral !!

A 38 ans, ouverte, souriante avec 20 ans d’expérience pro (recrutement et commercial) et dotée bac + 4 en RH, je vis seule (mobile) sans enfant et suis d’une extrême sensibilité qui me rend malade physiquement avec dittérentes maladies chroniques diagnostiquées et reconnues depuis 20 ans.

Je cherche à changer de vie, de rytme, de mentalité et trouver un Pays ou une région du monde qui me permette de me sentir mieux.

Pourriez vous svp m’en dire plus à propos de La Guyanne ? Quel type de métier peut on pratiquer la-bas ou existe t’il un programe d’aide humanitaire …

Un grand merci
Déborah

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