Elsa, le foie gras-frites, les escaliers à déneiger et le « pawté »… à Montréal (Québec)

21 02 2011

On est un couple de 24 ans (Elsa) et 29 ans (Guillaume) sans enfant.

1- Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ? (contrat d’Expatriation ou en duree indeterminee…) Est-ce la premiere fois que vous vivez a l’etranger ?

La première fois qu’on est venu habiter au Québec, je faisais un échange universitaire avec l’Université de Montréal, et Guillaume avait un Permis Vacances-Travail, visa d’un an non renouvelable. C’était la première fois qu’on partait vivre à l’étranger. On est rentrés en France au bout de 5 mois, à la fin de mon échange, en plein mois de février, avec un -20 degrés le jour du départ… Et pourtant ! Deux mois après on envoyait notre demande de résidence permanente pour obtenir un visa d’immigration de 5 ans. Après un an et demi de paperasse et d’attente (impatiente !), on est revenu s’installer à Montréal en août 2010.

2- Comment se passe la scolarisation ?

Nous n’avons pas d’enfant, alors ce qu’on connait de la scolarité c’est seulement l’université. J’ai adoré les cours à l’Université de Montréal (en gestion de l’information et des bibliothèques) : très interactifs avec les professeurs (que l’on tutoie) et avec les autres étudiants, très concrets car ils sont orientés vers la pratique professionnelle. J’avais seulement 12h de cours par semaine, mais beaucoup de travail personnel à fournir, beaucoup de lectures dont on devait donner notre point de vue au cours suivant.

4- Qu-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?

La bonne humeur des gens, la facilité des premiers rapports humains (on se tutoie, les gens ont peu d’a priori, peu de préjugés, etc.), la tranquillité d’esprit, le côté paisible/cool des Québécois, leur courtoisie et leur gentillesse… Par exemple, parfois dans la rue on sourit à des gens qu’on ne connait pas, on peut passer quelques minutes à parler avec quelqu’un qu’on ne reverra jamais. Ou encore, Elsa peut rentrer de la danse à 22h sans jamais se faire embêter dans la rue.

Mais aussi ce qu’on aime c’est la qualité de vie : des grands espaces, le ciel parait immense, il ya  beaucoup de parcs, une vie culturelle intense …, et on trouve facilement du travail, et même on arrive à s’épanouir dans son travail, ce qui n’est pas négligeable !

Le marché Jean Talon

5- Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ? (en positif, cote mentalite principalement)

Le fun !!! On pourrait l’expliquer comme la bonne humeur, la joie de vivre, un côté cool. Les Québécois quelque part n’ont pas perdu leur part d’enfant en eux et au contraire la valorisent. Par exemple, un slogan qu’on adore, pour un festival de musique électronique (Igloofest) qui a lieu en plein mois de janvier en extérieur (moyenne de -20 degrés avec le facteur vent) est : « Igloofest, +30 degrés avec le facteur fun ! »

Aussi on a le sentiment qu’on nous donne plus notre chance. Si on veut avoir des responsabilités dans notre travail, monter un projet, acheter un appartement, on nous fera plus confiance. C’est quelque chose qui nous a beaucoup marqué pendant notre retour d’un an et demi en France, le fait qu’on ne nous fasse pas plus facilement confiance.

6- Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

Les brunchs, les côtes-levées, les steak-house, les burgers, les bières québécoises, les bagels, le Philadelphia, les légumes crus mangés n’importe quand dans la journée, le Marché Jean-Talon !

En revanche, on ne trouve pas beaucoup de poisson, crustacés etc. Le fromage et la charcuterie sont chers (mais on craque souvent, on est Français ou on l’est pas !).  Et il manque, il faut le dire, la qualité de la bouffe sur la longueur, on mange un peu toujours la même chose, et c’est pas super facile de trouver un bon resto pas trop cher.

7- Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

Plus que des plats étranges, ce sont plutôt parfois des fautes de goût comme du foie gras accompagné d’un cornet de frites bien grasses (vue justement dans un restaurant réputé… !?!)

Vue du Mont-Royal

8- La vie est-elle chere ?

Globalement, moins chère qu’en France. Par exemple, les cosmétiques sont plus chers. Et on est plus tenté de consommer qu’en France, d’ailleurs on a beaucoup moins de complexes à consommer, donc on met moins d’argent de côté. Mais au final, avec la même somme d’argent qu’en France, on a un niveau de vie plus élevé.

9- Cote conduite ?

La conduite est un peu à l’image du pays : courtoise, sécuritaire, pas compliquée. Et ça a les défauts de ses qualités : un côté plan-plan… Le plaisir de conduire n’est pas le même avec une automatique, limitée à 100km/h et des grandes lignes droites.

10- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalites, les habitudes culturelles du pays ?

Le côté trop consensuel des Québécois fait qu’ils manquent parfois un peu de caractère. Il n’y a jamais vraiment de grève, tout est réglé de manière consensuelle, tout le monde fait des compromis, personne ne se crie jamais dessus dans la rue (à notre retour en France on était choqués de voir des gens s’engueuler dans la rue). Mais, du coup, il leur manque notre côté latin, ce grain de folie qu’on trouve en France, dans l’art, en politique, dans la vie quotidienne. C’est jamais le bordel, et des fois on aimerait que ça explose un peu, juste par exemple voir de temps en temps une personne dans la rue qui pète littéralement son câble, comme dans un enterrement de vie de jeune fille/garçon…

Chiens de traîneau

11- L’integration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’integrer et de rencontrer toutes sortes de nationalites ?

C’est le côté trompeur de l’Amérique : au premier abord c’est le melting pot, on entend parler beaucoup de langues différentes dans la rue, les étrangers sont insérés, des communautés culturelles différentes se côtoient au travail. Par exemple, ici, les femmes voilées travaillent avec leur voile, sans que cela choque personne, ou qu’elles soient jugées par d’autres collègues. Ici, c’est naturel d’être tolérant envers des cultures non occidentales. Du coup l’intégration est plutôt facile, même quand on vient d’une autre culture. Ma famille d’origine algérienne, qui habite ici, a beaucoup plus conservé ses coutumes musulmanes que ma famille d’origine d’algérienne qui vit en France…

En revanche, et c’est ce qui est trompeur, il est très difficile de devenir ami avec un Québécois, plus qu’avec quelqu’un d’une autre communauté culturelle. Les premiers rapports avec des Québécois sont excellents (beaucoup d’humour et de gentillesse), mais cela va rarement plus loin. Du coup, nos amis (peu nombreux) sont des Français ou d’autres immigrés.

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

Au Québec, on défend la langue française… et ça nous arrange bien !

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

On habite un appartement T2 typiquement montréalais, au deuxième étage d’un immeuble de 2 étages (ce qu’ils appellent ici un « duplex »), dans une rue très calme, perpendiculaire à une rue très anime/active (l’avenue Mont-Royal). Ça aussi c’est typiquement montréalais. La particularité : il faut déneiger les escaliers l’hiver.

Les couleurs de l’automne

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

Très facile de partir en week-end : il y a pleins de parcs naturels, des petites villes comme Québec, ou des grandes villes comme Boston, New-York, des stations de ski alpins et de fond, des randonnées en chiens de traineau etc. Par contre, c’est sûr, il faut prendre la voiture pour minimum 3h de route. C’est pas non plus des visites culturelles et historiques comme en Europe. Il faut être amoureux du Canada et des grands espaces pour l’apprécier.

15- A quelle frequence « rentrez »-vous en France ?

On est rentré pour les fêtes de Noël. On aimerait pouvoir rentrer une fois par an.

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

On n’arrive pas à s’y imaginer pour le moment.

Ce qui nous donne pas envie de rentrer, c’est la morosité ambiante, une habitude à tirer vers l’échec, à chercher la petite bête, la tristesse des gens…

Et pourtant, il faut le dire, on ne s’est jamais senti aussi Français et aussi fiers de l’être que depuis qu’on habite ici !

Région de Charlevoix

17- Face a quelle mentalite/habitude/defaut francais etes-vous + clement, avec le recul d’habiter a l’etranger ?

Notre côté latin, comme on en parlait plus haut. Car ce qui nous plait dans le côté contestataire des Français, c’est que derrière le fait de râler, il y a le fait de réfléchir, de ne pas se contenter de suivre, d’être des moutons. On se positionne plus sur les enjeux et problèmes de sociétés (la société de consommation, l’environnement etc.) Et puis, des fois ça fait du bien de râler, de se faire entendre.

18- Quel est le climat ?

4 saisons bien marquées. C’est magnifique ! Chaud l’été (parfois plus de 30 degrés), très froid l’hiver (ce matin, -27 degrés). Un printemps très court et explosif. À ce qui paraît, car on ne l’a pas encore vécu. (On a hâte). Un automne tout en couleur. Et je dirais même 5 saisons, avec un mois de novembre pourri (pluvieux, pas encore de neige) !

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

On consomme plus, on fait nos courses le dimanche, après le brunch. On mange beaucoup plus à l’extérieur. On mange aussi carrément plus tôt : 18h-19h au lieu de 20h-21h.

On s’adapte  à l’hiver : toujours une paire de chaussures normales au travail ou dans le sac pour pouvoir enlever ses bottes d’hiver, penser à déneiger le balcon et les escaliers pour que ce ne soit pas toujours les voisins qui le fassent, éteindre l’ordinateur de travail à 16h55 pour prendre 5 minutes à s’habiller avant de sortir…

Tadoussac

19- Y-a-t-il de la censure ?

Non.

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante »

Je jouais avec ma petite cousine de 8 ans (qui est née ici, sa mère est québécoise et son père algérien). Elle me montrait sur un tapis de jeu de voitures l’hôtel de ville, le garage, le supermarché etc, puis « le pawté ». Et là c’est le vide intersidéral, on ne se comprend plus, je lui fais répéter 2-3 fois, trop de fois à son goût. Elle me répond avec un air perplexe : « C’est parce que t’es trop française c’est pour ça ». Explication pour tous les « trop Français » : le « pawté », qui s’écrit « party », est l’équivalent de réception, soirée, fêtes… elle parlait de la salle des fêtes.

Autre anecdote liée : ici, le party de Noël est une institution dans toutes les entreprises. Dans la mienne, on avait loué des tables de black jack et de poker, et fait commander un énorme buffet.

« De ma fenetre, je vois…. » :

Une rue calme, avec les appartements voisins, beaucoup d’arbres, des écureuils, et une vue différente l’été et l’hiver.

 

 

Merci Elsa !

Encore un témoignage qui me donne envie de partir au Québec 🙂

La semaine prochaine, ce blog fait comme tout le monde : il est en vacances

Et je vous rappelle que je suis toujours à la recherche de témoignages, de façon assez urgente !!!!

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2 responses

21 02 2011
Joëlle

Merci Elsa de nous avoir raconté ta vie au Québec,
c’est aussi ce que nous avions ressenti lorsque nous y sommes allés (pour le tourisme) tout y est plus cool, plus serein qu’en France.
Ce qui m’avait le plus surpris à Montréal ? la ville souterraine… les gens peuvent passer des jours entiers sans sortir dehors en hiver.

5 08 2011
shitinhandslionel

ce que tu écris elsa est ambigu : tu trouves bien que les français râlent car celà prouve[rait] qu’ils n’ont pas l' »esprit moutonnier » [moi je dis c’est à voir, de Gaulle ne disait il pas « les français sont des veaux »?], en même temps tu n’aimes pas non plus l’ambiance râleuse de la France, mais vois tu, c’est un tout : ils râlent parce qu’ils réflechissent plus (encore une fois c’est à voir) mais en même temps etre entouré de râleurs, ce n’est pas agréable : en conclusion, le caractère français forme un tout : on aime ou on n’aime pas (moi je n’aime pas, et pourtant je suis le typique français râleur), mais dire qu’il est « supérieur » aux autres, je ne suis pas d’accord, et c’est même limite raciste à l’égard des autres!

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