Cédric, les bushiban, les xialongbao et le tofu puant… à Taiwan

5 09 2011

La fille, 8 ans, la maman, franco-taiwanaise, institutrice spécialisée et le papa, chef d’entreprise.

  1. Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ? (contrat d’Expatriation ou en duree indeterminee…) Est-ce la premiere fois que vous vivez a l’etranger ?

Je suis arrivé à Taiwan, pour la première fois, en septembre 1997, avec un contrat de volontariat civil pour le compte d’une organisation caritative taiwanaise. J’y avais séjourné 2 années et c’était durant ce séjour que j’ai rencontré mon épouse. Je suis rentré en France en 1999 et mon épouse m’y rejoint en 2000, année de notre mariage. Nous avons résidé en France jusqu’en 2005 et cela fait donc 6 ans que nous habitons à Taiwan.

  1. Comment se passe la scolarisation ? Y-a-t-il des ecoles francaises ? Y avez-vous mis vos enfants ou au contraire avez-vous opte pour le systeme anglais (ou autre) ? Avez-vous acces a d’autres pedadogies ? (Montessori, Steiner…)

Il existe une école française à Taipei, la capitale, au nord, mais nous n’avons jamais pensé à cette école pour notre fille. Nous habitons au sud de l’île, plutôt loin, et les frais scolaires sont très chers. Nous avons opté pour l’école primaire locale. Ma fille vient d’entrer en « 3th grade » équivalent au CE2 français. Ce sont des classes de 30 élèves. La journée commence tôt, à 7h15 pour un peu de balayage/nettoyage de l’école et petits contrôles des matières apprises le jour précédent. Les cours débutent à 8h10. Le déjeuner se prend à 12h00 et la sieste de 12h30 à 13h30. Fin de la journée à 12h30 pour les CP et CE1, 16h pour les autres classes.

A Taiwan, il existe les « bushiban », des écoles de soutien du soir. 80% des enfants à Taiwan y vont. Vous imaginez le business ! On y fait les devoirs, mais on revoit aussi les matières du programme, on apprend l’anglais, et parfois, on prend même de l’avance sur le programme scolaire officiel. Dernier exemple, pendant ces vacances d’été, des camarades de classe de ma fille, qui ont été aux bushibans durant les 2 mois de congés, savent déjà faire des divisions, alors que normalement les divisions sont apprises en « 3th grade » durant cette nouvelle année scolaire. Certains seront donc en avance et d’autres à la « traîne ». Ce système d’école du soir privée crée des hiérarchies dans les écoles officielles dès le primaire et marginalise des enfants qui n’ont pas les moyens ou dont les parents ne veulent pas envoyer leur gamins en bushiban.

Néanmoins, en ce qui nous concerne, je pense que ma fille a cette chance de grandir et de s’épanouir dans une famille bi-culturelle. Il semble que la « balance » entre l’éducation confucianiste et l’éducation « Siècle des lumières » existe bel et bien. Elle prend le meilleur de chaque et pour l’instant elle y trouve son compte.

  1. Vos enfants sont-ils bilingues ?

Ma fille parle couramment le chinois mandarin. Elle comprend parfaitement le français mais éprouve quelques difficultés à le parler. Cette année, l’anglais fait son entrée dans le programme scolaire. Le soir, je lui raconte des contes et des légendes en alsacien.

  1. Qu-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?

La première chose je pense qui me fait sentir bien, c’est que ce soit le pays de mon épouse, et l’autre pays de ma fille. La population est en général accueillante et bienveillante avec les étrangers. J’aime beaucoup le climat du sud de l’île. J’apprécie cette facilité de passer un week-end à 2500m d’altitude et le week-end suivant sur une plage tropicale. La nourriture, qui m’a d’ailleurs fait prendre pas mal de kilos. Les services publics sont très bien développés et on se sent en sécurité. Aucune crainte à se promener seul à minuit en ville. Aucune crainte de déclencher une bagarre pour une cigarette …

  1. Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ?

Je pense une « dynamique » dans la vie quotidienne : des magasins et restaurants ouverts jusqu’à 23h, tous les jours de la semaine, une vie grouillante et bruyante, parfois trop. Une mentalité d’entrepreneurs.

  1. Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

J’adore le canard laqué et les xiaolongbao, ces petits beignets cuits à la vapeur farcis au porc, au bœuf ou aux crevettes. J’ai un faible pour le tofu puant, mais il faut que la salade aigre-douce qui l’accompagne soit vraiment aigre-douce, sinon c’est fade. J’aime beaucoup les omelettes aux huîtres.

Un manque : le fromage, surtout le Munster alsacien.

  1. Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

Les pattes de poulet. Les taiwanais adorent sucer les pattes de poulet. Dans certaines tribus aborigènes, on mange des abeilles grillées.

  1. La vie est-elle chere ?

Je dirais que non, mais tout est relatif. Si vous vivez à Taipei, la capitale, les appartements sont hors de prix et des plats typiques sont parfois 2x plus cher qu’ailleurs dans l’île. Le salaire moyen se situe vers les 800 euros et le SMIC local à 450 euros. Si vous vivez à la « locale » on s’en sort, mais si vous voulez ajouter des sorties, des voyages, du ciné, etc … vous allez vite dépasser votre budget. En général, nous dépensons environ 400NTD (10 euros) par jour pour les repas, pour tous les 3, et nous mangeons bien. Le litre d’essence 95 est à 31NTD (0.77 euros) une canette de coca à 18NTD (0.45 euros)

  1. Cote conduite ?

C’est plutôt « safe » si l’on compare avec nos voisins. Même si parfois les feux rouges ne sont pas respectés ou on oublie la priorité à droite. A Taipei et Kaohsiung, villes plus policées, les règles de conduite sont bien respectées, alors qu’ailleurs c’est parfois la loi du plus fort.

  1. Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalites, les habitudes culturelles du pays ?

Vivre au jour le jour. Une certaine cette fatalité « mei yo pan fa » (il n’y a aucune solution) qui m’irrite parfois. Une certaine naiveté, l’impression parfois de vivre dans un pays de « bisounours ».

  1. L’integration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’integrer et de rencontrer toutes sortes de nationalites ?

L’intégration n’est pas évidente. Maîtriser le mandarin est primordial si l’on veut comprendre et se faire comprendre, participer à la vie locale, et donc s’intégrer. L’anglais ne suffit pas. Les étrangers ne parlant pas la langue n’auront pas beaucoup d’amis taiwanais et resteront alors entre eux, dans la « communauté internationale ».

Du fait de la popularité des bushibans, il existe une forte population d’anglophones., des américains, australiens, canadiens, sud-africain, embauchés pour enseigner l’anglais dans les écoles du soir. Il y a également une forte population d’immigrés régionaux (Philippines, Malaisie, Indonésie) qui travaillent dans les usines. Les universités taiwanaises, souvent à la pointe, proposent pas mal d’échanges scolaires. Donc oui, il est facile rencontrer toutes sortes de nationalités.

  1. Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

Je parle couramment le chinois mandarin et je m’essaie au Minnan, l’autre langue principale parlée à Taiwan (souvent appelé le taiwanais) Non, pas de cours. J’ai appris avec mes collègues, dans la rue et mon petit carnet que j’avais toujours dans ma poche et sur lequel j’écrivais «phonétiquement » tous les nouveaux mots que j’entendais.

  1. Decrivez votre rue/cadre de vie

Nous habitons dans un petit hameau, d’une vingtaine de maisons, dans la campagne, sur une colline, c’est déjà un peu la montagne, et pas vraiment loin de la grande ville de Tainan. Les maisons sont « en terrasse », aucune n’est à la même hauteur que sa voisine. Nous avons un joli parc, un terrain de basket et un grand pré pour jouer au foot.

Une particularité à Taiwan est de devoir jeter son papier toilette dans une poubelle et non dans la cuvette. Il semblerait que ça boucherait les conduites. Aussi, toutes les fenêtres, ou presque, des maisons possèdent des grilles destinées à lutter contre le cambriolage. C’est un peu étrange, on se sent « enfermé »

  1. Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

Oui, très facile. Les moyens de transport sont bien développés, que ce soit les axes routiers ou ferroviaires (TGV) Taiwan possède la deuxième montagne la plus élevée d’Asie, le mont de jade culmine à près de 4,000m.

  1. A quelle frequence « rentrez »-vous en France ?

Nous essayons de rentrer au moins une fois par an.

  1. Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

Nous n’y pensons pas, pour l’instant. Peut-être que la question de l’éducation nous fera rentrer en France, mais pour l’instant, tout se passe plutôt bien. De plus, nous avons crée notre société à Taiwan.

  1. Face a quelle mentalite/habitude/defaut francais etes-vous + clement, avec le recul d’habiter a l’etranger ?

  1. Quel est le climat ?

Taiwan, bien que n’étant pas très grand, 400km de long pour 150km de large, connaît plusieurs types de climat.

Taipei, au nord, est sub-tropical, il y pleut souvent, les hivers sont froids, ça peut tomber jusqu’à 5°C et pas plus de 18°C en journée. L’été est très chaud et très humide.

Dans le sud, nous avons un climat tropical, plus clément, des hivers doux et secs (10°C à 25°C) et des étés chauds (28°C à 39°C)

  1. Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

Oui, la conduite, il m’arrive de ne pas respecter les priorités à droite.

Roter à table 😉

  1. Y-a-t-il de la censure ?

Non

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante » :

En 1997, durant mes premières semaines à Taiwan, je monte dans un taxi et dis au chauffeur, ou plutôt je pensais avoir dis au chauffeur, que je souhaitais aller dans un restaurant qui fait des raviolis chinois (chuè djiao) Sauf que, au lieu de lui dire chuè djiao, j’ai dis chiao djiè : « wo yao tche chiao djiè » ce qui donne, « je veux manger des demoiselles ». Le chauffeur rigole, me fait un signe de la tête, démarre et me dépose 5mns plus-tard devant un … barber-shop, ces « magasins » qui proposent coupe de cheveux/rasage/massage par une jeune et jolie demoiselle, et plus si affinité. Aie aie aie … J’en conclu que le taxi avait simplement retenu chiao djiè. Et moi qui avait une de ces faim !

« De ma fenetre, je vois…. » :

Je vois un frangipanier actuellement en fleur

 

Le frangipanier en fleur.

***

Merci Cédric !

Vous pouvez retrouver des photos de Taiwan sur son blog :

***

La semaine prochaine… suspens… j’attends de nouveaux témoignages, alors n’hésitez pas à me contacter !

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4 responses

5 09 2011
Agnèslamexicaine

j’aime bien ce témoignage, vraiment de l’intérieur…

6 09 2011
gwenn

Les cours supplémentaires, c’est comme ici au Vietnam, sauf qu’ici il y en a 2 types : les « complètement privés » apparemment comme à Taïwan, et les cours supplémentaires donnés par les professeurs habituels, au sein même de l’école, mais bien évidemment payants. Évidemment ceux qui ne les suivent pas, faute d’argent, n’ont pas les mêmes chances de réussite que les autres…

Quant au fait de croire que l’on dit quelque chose et que l’interlocuteur comprend autre chose, c’est très fréquent ici aussi à cause des accents !

11 09 2011
thailsacien

Beaucoup de points communs avec la Thaïlande, notamment :
– Les cours complémentaires ou « tutoring schools », souvent animés par les mêmes profs qui ralentissent volontairement le rythme pendant les heures de travail « normales » pour pouvoir mieux vendre leurs cours du soir ou du weekend.
– Le fatalisme et la naïveté
Mais ici, on trouve du munster alsacien ;-))

12 09 2011
CJ

oh, tu trouves du munster à Bangkok ?! Je vais organiser un transport de munster Bangkok-Taipei 😉

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