Agnès, les oeufs de fourmis, les arbres mauves et la fête des morts… à Mexico (Mexique)

19 09 2011

Ce que je vois aujourd’hui, de ma fenêtre; c’est ça, le Pacifique. Mais c’est seulement pour quelques jours, car je vis à Mexico, pas sur la côte Pacifique (je suis en vacances…).

Ma vue à México est magnifique de toutes façons et vous pouvez la voir sur mon blog http://monfiletapapillons.blogspot.com/. Cet arbre mauve est une jacaranda, elle fleurit de février à mai.

(clic sur l’image sur accéder au blog)

***

J’ai 38 ans, je vis à Mexico depuis 1997, déjà 14 ans… Je suis mexicaine depuis 5 ans (par choix et vocation!) et française de naissance. Le Mexique est ma terre nourricière, et Mexico, mon labyrinthe intérieur… Avant le Mexique, que je connaissais avant de m’y installer, j’ai vécu en Angleterre et j’ai beaucoup voyagé, surtout en Inde. Je crois que mon vrai pays, c’est le voyage…

Je suis prof de fac. J’ai fait mon doctorat de philo ici, après mes études à La Sorbonne. J’ai trouvé une proximité dans les rapports avec les profs qui m’avait toujours manqué… J’adore mon métier, mais j’aimerais beaucoup travailler un peu en français.

 

J’ai toujours une intonation française en espagnol, et j’incruste des mots espagnols quand je parle français, c’est mon accent… Mon mari est franco-mexicain et nous parlons parfois une langue étrange…

 

Ce que j’aime par-dessus tout au Mexique, c’est la très belle créativité qui inonde les rues, les marchés, les maisons… C’est un pays vraiment joyeux où les générations se mêlent facilement. Les mexicains sont très curieux, très accueillants, on oublie rapidement qu’on est étranger, dès que l’on parle espagnol (il faut compter 3 mois). Je ne me suis pas sentie étrangère longtemps à Mexico, et dès l’atterrissage, je sais que je suis chez moi. C´est aussi une ville très cosmopolite et je fréquente beaucoup de mexicano-quelquechose (mexicano-américain, franco-mexicain, argentino-mexicain, mexicano-japonais, etc.

 

Je trouve au Mexique une vitalité, une énergie et une créativité que je ne vivais pas en France. Et puis c’est un pays où la jeunesse est très nombreuse, cela se sent. Mexico est pour moi la ville des villes, ça va vite, les modes se font et se défont, il y a une culture urbaine très intéressante, une scène underground très influencée par le Japon, du graphisme, de la musique, des images, c’est un terrain très fertile, il y a toujours quelque chose à voir, tous les jours, quelque chose m’étonne.

 

Et puis la nourriture, ici, c’est tout ce que j’aime: des fruits colorés, goûteux, des légumes délicieux, des mets très sophistiqués mais pas compliqués, une cuisine des familles vraiment réconfortante et mille possibilités de manger sur le pouce… Quand je suis loin du Mexique, tout cela me manque très rapidement… J´ai du mal avec la cuisine française maintenant, mais c´est certainement parce qu’elle n’est plus adaptée à mon mode de vie. En cas d’envie pressante de croissant ou de pain, il y a une formidable pâtissière française à quelques rues de chez moi. Je sais que les expats qui vivent ici trouvent tout ce qui leur manque. Mexico est une méga-capitale, on trouve tout, lycée français, Pied de Cochon (et oui), camembert, saucisson, etc. Donc pas forcément exotique si l’on ne fait pas l’effort de s’aventurer hors des sentiers battus.

Il y a des plats étranges, (pour tous, mexicains compris) comme les oeufs de fourmis, les sauterelles grillées ou les vers du maguey, et puis de la glace au maïs ou à l avocat, et les bonbons au chile (un délice, on se rend vraiment compte que le goût s’éduque…).

 

A Mexico la vie est chère, pas en province. Mais les loyers n’ont rien à voir avec Paris, et les espaces non plus. On se loge facilement pour 400 euros par mois dans au moins 80 mètres carrés et souvent dans des apparts très beaux, des années 50.

 

Le climat de Mexico est très agréable, frais, nous sommes en montagne (2300m), c´est une ville fatigante, qui ne dort jamais, il faut se ménager et prendre des vacances à la plage régulièrement! Il faudrait aussi que je vous parle de la langue, si riche, on parle souvent avec des jeux de mots, il y a un double sens possible presque tout le temps et il faut être alerte!

 

Les gens conduisent plutôt lentement et oublient leur clignotant, et se garent en double file, mais je trouve qu´universellement les gens deviennent idiots au volant. Ici la voiture est un signe extérieur de richesse, un statut social, et les mexicains sont les plus endettés au monde, avec les russes, dans leurs achats de voitures. Au volant, les gens manquent totalement de civisme. Mais pas qu´au volant. Il y a un très bon système de transports en commun à Mexico et nous avons aussi des vélibs (les écobicis) dans quelques quartiers.

 

Ce qui peut être irritant culturellement est la difficulté des mexicains à dire non. Il faut s´entraîner consciencieusement pour reconnaître les oui oui et les oui non. Et puis un jour, on finit soi-même par lâcher un oui non et l´intégration est réussie. Il y aussi une autre notion de la ponctualité mais cela ne m´a jamais dérangé, je n´ai aucun mal à attendre ou à être en retard. On vit beaucoup dans le présent, il peut donc se présenter des événements à même d´altérer un futur proche… je comprends cela très bien!

 

Le Mexique est un pays immense, d´une très grande richesse et diversité culturelle, on ne termine jamais de le découvrir. Il y a tant de fêtes à vivre, il ne faut surtout jamais rater ni un mariage (les plus gais au monde), ni un enterrement (les veillées sont très belles), ni surtout, une fête des morts (1 novembre). A peine sortis de la ville, on est dépaysé…

 

Le pays est en ce moment miné par les narco-traficants. La réalité du problème est invisible pour les touristes qui n´auront pas l´occasion de se frotter aux quartiers ou aux villes touchés. Nous ne sommes affectés, dans notre vie quotidienne, que par la lecture de la presse, et parce qu´il s´agit de notre pays, que nous voyons, impuissants, se gangrener. Ce qui est le plus difficile à supporter, c´est la corruption, étendue à toutes les classes sociales. Même les étudiants cherchent à négocier leurs notes (mais pas avec de l´argent) et la fermeté, à tous égards, est vécue comme de l´agressivité. Le plus douloureux, au Mexique, ce sont les castes sociales, très rigides, souvent surréalistes, les uns ignorant les autres, des mondes parallèles se frôlent à peine. J´en veux beaucoup aux classes sociales richissimes qui en font le moins possibles pour leur pays.

 

Je vais en moyenne une fois par an en France, parfois moins. J´ai de la famille là-bas et des amis très chers qui me manquent. Ce qui me manque aussi, ce sont les livres, en français, si peu chers et un amour de la culture qui est très particulier. Si je vis un jour en France, ça serait dans le sud. Je me sens étrangère en France, même si tout à coup mes codes sont immédiatement compris. C´est un sentiment très étrange et difficile à expliquer. Je ne rentre pas en France, je rentre au Mexique.

 

J´ai quitté le Mexique pendant un an et demi, en 2008, pour traverser le continent à bord d´une camionnette, avec mon mari, en fabriquant du biodiesel. Je raconte ce voyage dans ce blog, http://retourenpatagonie.blogspot.com/, c´était tout un projet. Quitter le Mexique fut très difficile, y revenir peut-être encore plus, mais après deux ans, je suis à nouveau conquise…

clic sur l’image pour accéder au blog

 

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Un grand MERCI, Agnès, pour ce superbe témoignage, très personnel, qui donne immédiatement envie de faire ses valises !

Je vous conseille le blog d’Agnès sur son périple en Patagonie, dont seul le nom me fait déjà rêver… 🙂

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La semaine prochaine, direction… le Japon, avec Jessica ?

 

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Sophie, sa pirogue scolaire, la vie sans stress et les dachines… en Guyane

14 02 2011
  • Nous avons trois filles nées en 1994, 1997, 2001

1- Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ? Est-ce la premiere fois que vous vivez a l’etranger ?

Ce n’est pas un pays mais un DOM, et depuis peu DROM : la Guyane. Le département et la région faisant doublon, les électeurs ont opté pour la représentativité unique à une large majorité, c’est-à-dire un conseil unique qui a les attributions à la fois du département et de la région. Nous n’y avons passé qu’un an hélas, depuis nous sommes revenus en métropole. C’était la première fois que nous allions vivre hors de métropole.

2- Comment se passe la scolarisation ? Y-a-t-il des ecoles francaises ? Y avez-vous mis vos enfants ou au contraire avez-vous opte pour le systeme anglais ?

C’est l’école française puisque c’est la France, avec les mêmes enseignants et les mêmes programmes qu’en métropole. La seule différence, et de taille, c’est que nous devons acheter toutes les fournitures, y compris les cahiers d’activités qui vont avec les livres. A l’heure de la rentrée quand les journalistes nous parlent de son coût en large et en travers dans tous les journaux télévisés, ils ne parlent jamais de cette inégalité territoriale. La liste de fournitures prend une feuille A4 dactylographiée.

3- Vos enfants sont-ils bilingues ?

Bilingues français-français ? Non, je rigole ! Ils connaissent quelques expressions créoles.

4- Qu-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?

La vie est douce, pas d’hiver c’est appréciable, on se lève tôt (avec le soleil) et on se couche tôt, pas de stress, tout est calme.

5- Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ?
Les gens ont le temps. Le stress connais pas.

Palais présidentiel de Paramaribo

6- Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

Les fruits, on se régale de fruits dits exotiques. 13 cocotiers dans le jardin, des noix de coco à profusion. Des ananas toute l’année, pas ceux qu’on trouve en métropole, des petits ananas à chair très pâle, presque blanche, même le cœur est tendre et on le mange. Fruits de la passion (appelés maracudja ici), papayes, ramboutans, pommes d’eau, cerises-pays (assez acides), le manguier du voisin qui laisse passer ses branches chez nous. J’en oublie sûrement.

Le poisson, les poissons, je vais régulièrement au marché aux poissons.

Ce qui manque : la variétés de légumes, ce sont presque toujours les mêmes, on ne sort pas beaucoup des courgettes-aubergines-courges. J’ai essayé les légumes locaux, j’ai essayé une dachine, mais j’ai déclenché une rebellion générale, alors tant pis.

Autre problème : le pain. Pas de bon pain ici, ou alors il faut faire des km pour aller au supermarché. Donc je faisais le pain tous les jours. C’est plaisant quand on s’amuse à faire des pains spéciaux pour une occasion, c’est assez pesant à la longue.

7- Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

Etranges non. Le plat typique est le bouillon d’awara qui se mange de Pâques à la Pentecôte.

Dans la rubrique sensationnel, il y a des larves qui sont comestibles. Si on doit passer un séjour prolongé en forêt (chasse à l’orpaillage clandestin, randonnée, …) on apprend à les débusquer et à les avaler tout rond, si on les croque il parait que c’est très amer.

Sinon, ce n’est pas un plat mais une boisson : le cachiri. C’est de l’alcool de manioc, fait par les amérindiens. Les femmes mâchent longuement le manioc, ensuite il est mis à fermenter. Je vous avouerai que je n’ai pas goûté, je me suis contentée du rhum et des excellents punchs guyanais.

8- La vie est-elle chere ?

Oui et non. Déjà il n’y a pas de TVA. Il y a un ‘octroi de mer’, équivalent d’une TVA, sur les produits importés, uniquement s’il n’y a pas concurrence avec une production locale. Par exemple j’achetais mes échevettes de fil à broder 80 cts à la mercerie. Mais c’est un produit non périssable qui voyage par container standard et par bateau. Les produits qui voyagent par container réfrigéré sont déjà plus chers. Les produits par avion, je les boycotte. J’y ai vu, au supermarché, en plein mois de décembre, des fraises venant des…. Pays Bas ! Le drame c’est que j’ai vu des gens en acheter.

Les prix sur le marché sont assez raisonnables. Mais on ne trouve pas tout.

Les prix au supermarché sont très chers. Nous avons plusieurs supermarchés : Cora, Match qui appartient au groupe Cora, et Leader Price qui appartient au groupe Coran cherchez l’erreur. Les catalogues de « promotions » de Cora et Match contiennent les mêmes articles aux mêmes prix, la DDCCRF a du boulot. (NB : depuis notre départ, un grossiste s’est transformé en supermarché U).

Je vais assez souvent faire certaines courses chez un grossiste en surgelés. Il accepte les particuliers, à la condition qu’on achète en grande quantité (les gigots par 3 par ex) alors il faut gérer les stocks, mais on y arrive assez bien.

Bagne St Laurent du Maroni

9- Cote conduite ?

Tout un poème ! Voitures, gros 4×4, mobylettes, vélos, tout ça se mélange, il faut faire très attention. Il faut faire d’autant plus attention que la plupart des chauffeurs roulent sans assurance, ni même sans permis. La consigne de l’assureur, sur place, était claire : « tout faire pour éviter l’accident, même si nous sommes dans notre droit ».

10- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalites, les habitudes culturelles du pays ?

Dans les habitudes : la journée continue. En fait ce n’est pas tellement la journée continue en elle-même qui me dérange, mais une de ses conséquences, j’explique. A cause du climat, les fonctionnaires ont négocié la journée continue 7h-15h. Appliquée aux enseignants, ça a donnée 7h-13h. Comme les élèves finissaient à 13h et rentraient chez eux, pas besoin de prévoir une cantine. Mais avec l’explosion démographique, il n’est pas possible de construire assez vite pour absorber tous ces collégiens, donc on a ajouté un créneau 15h-17h. Donc les grandes ont leur pause déjeuner de 13h à 15h, tandis que la dernière a sa pause déjeuner de 11h30 à 13h30. Ce qui fait que je suis assez coincée à la maison.

11- L’integration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’integrer et de rencontrer toutes sortes de nationalites ?

Plusieurs communautés cohabitent :

Les amérindiens, qui essaient de vivre de façon traditionnelle. Les jeunes générations qui sont allés à l’école et au collège ne se reconnaissent plus dans cette tradition.

Les noirs-marrons ou Bushinengés, qui sont les descendants d’anciens esclaves libérés. Il y a eu de l’esclavage en Guyane, mais à une moindre échelle car l’exploitation agricole n’était pas aussi rentable qu’aux Antilles, question de climat. L’esclavage ayant été aboli (1848) plus tôt qu’au Surinam voisin, beaucoup d’esclaves du Surinam ont traversé le Maroni pour gagner leur liberté.

Les créoles, la majorité de la population, issus du brassage de toutes les populations.

Les Hmongs, originaires du Laos, qui ont fui leur pays et ont trouvé en Guyane un climat similaire à celui qu’ils connaissaient. Ils ont commencé par défricher la forêt pour cultiver pour leur propre besoin, maintenant ce sont eux qui fournissent presque toute la Guyane en fruits et légumes. Ce sont eux qui ont introduit les ramboutans, qui n’est pas un fruit endémique.

Les Brésiliens n’ont qu’à traverser l’Oiapoque, les Surinamiens le Maroni.

Les Chinois, ils possèdent les petites épiceries.

Les Libanais, ils possèdent les commerces textiles.

Les métros, c’est-à-dire ceux qui arrivent de métropole.

Depuis peu, en fait depuis la construction du pas de tir Soyouz, des Russes.

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

C’est bien là le problème. La plupart des créoles reprochent aux métros de ne pas apprendre le créole. En arrivant, une des premières choses que j’ai cherché, c’est un cours de créole. Et bien je n’en ai pas trouvé. Je crois que, finalement, c’est quand même bien pratique de pouvoir parler sans être compris.

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

Nous habitions une maison entièrement en RDC, située dans un lotissement en boucle, juste en face du collège (très pratique). L’avantage c’est que les enfants peuvent jouer ensemble dans la rue sans danger.

La maison avait une ventilation traditionnelle : pas de carreaux aux fenêtres, juste des moustiquaires, et des ouvertures à moustiquaires au-dessus de toutes les portes intérieures, si bien que les alizés traversent la maison toute la journée et toute la nuit, c’est très agréable. Le séjour était tout petit, nous n’avons pu y caser que le salon, la salle à manger s’est retrouvée sur la terrasse. Terrasse abritée bien sûr, de toutes façons comme il fait chaud tout le temps on mangeait dehors toute l’année.

Un grand jardin, mais assez peu utilisé car beaucoup de bestioles pas très gentilles se cachent dans l’herbe.

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

Beaucoup de choses si on aime la nature, beaucoup de randonnées. D’ailleurs en un an nous n’avons pas pu tout voir. Nous avons fait une excursion au Brésil, dans la ville frontière d’Oiapoque, une autre au Surinam, à Paramaribo (classée au patrimoine de l’Unesco), visité le Bagne de Saint Laurent, assisté à un décollage de la fusée Ariane, entre autres.

15- A quelle frequence « rentrez »-vous en France ?

Nous ne sommes pas revenus puisque nous n’y avons passé qu’un an. Mais nous étions partis pour quatre ans sans intention de rentrer, nous attendions plutôt les visites.

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

Nous sommes déjà revenus en métropole.

17- Face a quelle mentalite/habitude/defaut francais etes-vous + clement, avec le recul d’habiter a l’etranger ?

Au contraire….

18- Quel est le climat ?

Chaud, entre 28 et 30° toute l’année même la nuit,  une saison sèche juillet-novembre, une saison humide décembre-juin, avec une pause plus sèche en mars.

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

Pas vraiment, mes habitudes sont les miennes, où que j’aille.

19- Y-a-t-il de la censure ?

Non, c’est la France.

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante »

Il faut d’abord connaître un peu de la géographie de la Guyane : une seule route qui traverse d’Ouest en Est, de saint Laurent du Maroni à Saint Georges de l’Oyapoque. Les communes de l’intérieur sont desservies par pirogue ou par avion. (NB : depuis notre départ, une nouvelle route va jusqu’à Apatou, mais nous ne l’avons pas connue). C’est le seul département français dans lequel le Conseil Général organise le ramassage scolaire par pirogue (oui oui !), sur des fleuves officiellement non navigables.

Et pourquoi ces fleuves ne sont-ils pas navigables ? Parce qu’ils n’ont pas la signalisation fluviale officielle !

C’est ça toute la Guyane, on essaie sans arrêt d’appliquer les normes européennes à la forêt amazonienne.

« De ma fenetre, je vois…. » :

Pas grand-chose hélas, la trame des moustiquaires est trop serrée !

Bon, allons sur la terrasse pour avoir une meilleure vue sur l’extérieur : un bout du jardin, le portail, la rue,  les manguiers des voisins d’en face.

Merci Sophie !

C’est bien le premier témoignage qui est + clément avec la mentalité française après expérience, c’est peut-être justement parce que ce n’était pas vraiment « l’étranger » ?

(ce genre de remarque peut ouvrir à vive polémique je le sens ;))

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La semaine prochaine, on (re)découvre Montréal avec Elsa !





Tiphaine, à la découverte d’un pays (presque) inconnu : au Guyana

1 11 2010

Bonjour,

Je suis Tiphaine. Je vis actuellement au Guyana, seul pays anglophone de l’Amérique du Sud géographiquement parlant mais qui fait partie des caraïbes. Je suis maman de deux petits gars de 7 et 10 ans et d’un petit trois qui montrera son bout du nez incessamment sous peu.

Nous sommes ici depuis un an maintenant et je ne sais pas vraiment pour combien de temps. Avant cela, nous avons vécu en Angola, au Timor oriental et au Vietnam.

Les garçons sont bilingues franco-portugais (leur papa est portugais). Il n’y a ni école portugaise ni école française ici à Georgetown (la capitale). Il y a bien une école américaine, mais qui est justement un peu trop américaine à notre gout et très sélective non pas sur le curriculum mais surtout vis a vis du portefeuille des parents… donc, nous avons choisi une école privée guyanaise qui est en lien étroit avec la Cambridge University et la London university. Sur un autre aspect, nous aimons beaucoup le fait que l’école travaille énormément sur la mixité sociale et le respect des uns et des autres (parce que le racisme est un gros problème ici au Guyana). Ah oui, détail important, la scolarité se fait donc en anglais (ce qui fait que les garçons sont maintenant trilingues).

Il n’y a eu aucun problème d’adaptation, même si l’un et l’autre ne parlaient absolument pas anglais il y a un an en arrière. Nous pensons très sérieusement à poursuivre le reste de leur scolarité dans la langue de Shakespeare. Je leur enseigne le français pendant une heure presque chaque jour après l’école. Leur père leur enseigne le portugais à peu près une fois par semaine.


Le Guyana est sans aucun doute le poste le plus facile que nous ayons eu jusque maintenant. On y trouve tout ou presque. Il y a l’électricité (même si un générateur n’est pas superflu) et de l’eau sans problème. C’est une ancienne colonie britannique, donc après 17h, tout est fermé….C’est un pays relativement bien organisé (bon, mettez quand même un bémol parce que cela reste un pays en voie de développement et que nous ne sommes pas ici par hasard).

Georgetown

Le plus « étrange » ici, c’est la tolérance religieuse : les religions se côtoient d’une manière que je n’avais jamais vue auparavant. A l’inverse, le clivage racial est très très présent et pesant. Il y a une lutte sans merci entre les guyanais d’origine africaine (noirs, descendants des esclaves) et indiens (qui sont arrives d’Inde, « importés » par les anglais). Les britanniques géraient leurs colonies en divisant. Ici ce n’était pas sur la foi des gens mais sur leur couleur que les luttes se créent…. Il n’y a pas beaucoup de descendants « blancs » des portugais qui sont venus s’installer ici et je n’ai pas vu un seul descendant britannique…. Ils ont du tous repartir au moment de l’indépendance.

Georgetown

La vie est chère parce que nous gardons un mode de vie européen au niveau de la nourriture. Donc le lait, les yaourts, ben oui, tout cela n’est pas donné… Cependant, le plus cher ici est l’électricité. La, tout le monde est concerné. Donc pour les adeptes de l’air conditionné, il faut gérer par l’économie!!!! De ce côté la, pour nous, pas de problème, parce que nous habitons une vieille maison coloniale très aérée.

Le Guyana est un pays magnifique. C’est donc coincé (pour vous resituer) entre le Venezuela, le Surinam (ancienne Guyane hollandaise) et le Brésil. C’est un carrefour extrêmement stratégique, il y a des problème de trafic de drogue, de diamant et d’or (ben oui…). Mais bon, franchement, il n’y a pas de danger quand on reste dans les endroits où il faut rester…. Il existe des lodges au milieu de la forêt amazonienne (vous pouvez visiter mon blog pour quelques photos). Ce n’est simplement pas donné…Donc, se balader dans le pays, oui, et il faut le faire. C’est juste qu’il y a un monopole de 3 ou 4 personnes sur le tourisme dans le pays, du coup, il n’y a pas de concurrence, et de ce fait, oui, c’est quand même assez astronomique quant aux prix qui sont proposés… Vous pouvez vous rendre au Surinam, à Paramaribo, la capitale, en voiture sans aucun problème (il faut compter à peu près 6 heures porte à porte) et pousser jusqu’au Brésil (la, c’est deux jours) pour la ville de Boa Vista.


Que vous dire de plus…. je relis la liste de Marie… ah, le retour en France. Le retour en France, c’est une fois par an, très peu de temps en fait parce que notre base à nous, c’est le Portugal, c’est la où nous avons notre maison ! Donc, pour ceux qui veulent nous voir, le plus simple c’est de passer là-bas parce que quand je rentre, je ne sors plus de chez moi !!!! Ben oui, un mois par an pour en profiter, il faut vraiment en profiter !!!!!!

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Vue de la fenêtre :

 

Merci Tiphaine ! (et bienvenue au bébé qui a peut-être déjà pointé le bout de son nez…)

Vous pouvez retrouver Tiphaine sur son blog :


La semaine prochaine, on va découvrir la vie d’Eric au pays des Volcans : l’Islande





Clément en Argentine, la suite ! #2

14 09 2010

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

Depuis mon arrivée, je prends régulièrement des petits cours de conversation pour entretenir mon vocabulaire, histoire de ne pas dormir sur mes lauriers acquis par l’immersion linguistique. Je progresse de jour en jour dans le maniement de la langue de Borges. Mon niveau est bon et cela surprend les argentins eux même. Je trouve ça très flatteur… D’ailleurs, effet pervers, j’ai l’impression qu’après ces 4 années ici, que je suis en train de perdre petit à petit et sournoisement mon vocabulaire français, genre « je ne me souviens plus comment on dit ce truc en français? ». Ca fait peur quand le mot en question est « extincteur ». Genre amnésie linguistique malgré TV5 et les radios françaises que je m’efforce d’écouter pour rester connecté avec la France.

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

Nous habitons en appartement dans la jolie ville remplie de tilleuls de La Plata, à environ 50 km sud du centre ville de Buenos Aires. Nous avons fuis par choix la capitale et ses 3 millions d’habitants agglutinés dans 30 km2, ses excès de pollution en tout genre (sonore, atmosphérique) et son manque d’infrastructure criant. La « casa chorizo » en briques rouge typiques de la province de Missiones et ses hauts plafond est l’habitation traditionnelle du pays. Etant rêveur bohème, c’est une maison que j’aime. Une vieille bâtisse pleine de charme, toute en longueur avec un patio intérieur et le confort moderne.

Cet arbre est un borracho, plus il est vieux, plus son tronc gonfle!

Cependant, la nouvelle classe aisée de l’après crise, par peur de l’insécurité ambiante, avaient décidé de vivre en banlieue dans des  » countries « , des quartiers résidentiels fermés et protégés, avec un garde 24h/24h et sa dose de barbelés. Genre contre les bandits, je crée ma propre prison. Ils sont finalement revenus s’installer ( effet de mode, c’est la grande tendance !) dans les immeubles ultramodernes et surveillés de Puerto Madero, au cœur de la ville. Avec une insécurité de plus en plus croissante, cela va de soit. Aujourd’hui, le prix du mètre carré dépasse 4.000 dollars et les grues sont toujours aussi nombreuses. Un centre commercial devrait d’ailleurs ouvrir prochainement. Je trouve cela légèrement « bling-bling » pour reprendre une expression à la mode en France. Tape à l’œil aussi. Mais bon, c’est l’effet voulu.

les grandes haciendas, des hectares entiers de vaches.

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

Oui, énormément d’activités ! Cependant, sortir de Buenos Aires le week-end reste un véritable casse tête. A moins d’avoir une voiture et un gout prononcé pour le risque (sic), sortir de la ville est particulièrement pénible pour un pays qui a délibérément laissé en ruine son réseau ferroviaire. Le réseau de métro est très souvent engorgé, à toute heure. On voit régulièrement des queues de plusieurs centaines de mètres de gens à la queue leu leu qui attendent leur bus (genre petit fourgon) privé pour rentrer en banlieue. C’est ce que je fais pour 9 pesos quand je vais à la capitale. Quant aux « bus grandes lignes » qui relient Buenos Aires aux principales grandes villes du pays en 2 ou 3 jours, le système de réservation étant digne des plus grosses crises de paranoïa (il n’y a jamais de place le jour que vous voulez ! même avec 2 semaines d’avance), il reste toujours préférable pour les nerfs de voyager avec sa propre auto.

le Parc Ichigualasto, une terre lunaire.

L’Argentine possède des kilomètres entiers de Cordillère des Andes à l’Ouest (l’Aconcagua : 7021m !), des villages autochtones perchés dans les montagnes, des stations de skis huppés, les chutes D’Iguazu (deux fois plus grandes et larges que celles du Niagara), des lacs immenses, une faune et une flore à faire pleurer Nicolas le jardinier (Baleines, pingouins, lions de mer..). La Patagonie, Ushuaia, des noms qui font rêver. Il y a des glaciers énormes et des visites sous la glace. Plus au centre du pays, vous trouverez également beaucoup de Haciendas traditionnelles qui vous initieront au rodéo ou a gérer un troupeau de 500 vaches en pleine nature, un peu comme J.R et son ranch dans Dallas. Il me reste à faire le grand sud de la Patagonie, que je ne connais toujours pas.

les chutes d’iguazu, tres impressionnant

15- A quelle fréquence « rentrez »-vous en France ?

J’essaie d’aller voir ma famille une fois par an, quand mes finances me le permettent. Pour le moment, je prévois une visite en janvier 2011(pendant les vacances d’été ici).

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

J’ai du mal à me projeter à long terme car cela devrait me faire prendre plusieurs variables incertaines en compte : la santé de mon entreprise, mon statut migratoire par rapport aux visas, mon couple ect…. Même si les chances de se re insérer en France s’amenuisent de jour en jour et le peu d’ouverture d’esprit français m’énerve quelquefois, je me dis que ma retraite se fera peut être en France, dans la campagne du Morvan avec un gros toutou poilu. Je ne sais pas. Pour l’instant, ma vie est ici..

17- Face a quelle mentalite/habitude/defaut francais etes-vous + clement, avec le recul d’habiter a l’etranger ?

Je suis plus Clémént avec le manque de « débrouillardise » des français lâchés dans la jungle Portegne. Tellement habitués à l’assistanat d’un fort état providence dans leur quotidien, le choc est énorme en arrivant à Buenos aires ou c’est du chacun pour soi, ou il est interdit de rien interdire, ou tout est accepté et peut se faire, il n’y a pas de sentiment d’appartenance à une societé bien ordonnée. Aux oubliettes les panneaux informatifs du style « il est interdit de marcher sur la pelouse » ! C’est la fin des repères rassurants très français. Une voiture qui grille un feu rouge choque une fois, deux fois, à la troisième fois on s’habitue. Cela donne une grande énergie et un éclectisme détonant dans les rues, une fourmilière dopée au redbull !

Lujan, une ville typique avec arches et couleurs ocre. Un cathedral gigantesque au bout de l’avenue.

18- Quel est le climat ?

C’est la France à l’envers avec un climat légèrement plus sec et plus doux. IL fait souvent chaud, très chaud et lourd l’été (de Novembre à Mars). Il neige rarement. En fait il a neigé en 2008 mais ce n’était pas arrivé depuis le début du siècle dernier ! Sachez qu’a moins de 10°C, l’argentin devient méconnaissable sous son imposant bardat de bonnet, écharpes, mitaines et autre panoplie montagnardesque car il a vraiment froid ! Il provoquera bien entendu quelques incidents  dus à son manque de champ visuel et d’habitude aussi car vous l’aurez compris, il prendra le volant dans cet accoutrement !

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

Je suis devenu argentin dans le sens ou j’utilise des gros mots presqu’à toutes mes phrases maintenant (Boludo/ hijo de puta/ concha de la lora pour les plus usuels !) et ça me joue des tours quand je vais en France. Mais, a contrario, j’ai gardé mon extrême politesse, c’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de dire bonjour quand je rentre dans un magasin (alors que tout le monde s’en fiche et ne vous répondra pas) et remercier les gens. J’ai gardé l’horloge du diner aussi : 20 :00. Car sinon la coutume locale c’est diné à 22 voire 23 :00. Mon ventre ne tient pas.

les danses folkloriques. Il y en a une dans chaque province du pays.

19- Y-a-t-il de la censure ?

Comme partout, le pays est victime d’une censure biaisée, presque invisible et indolore. Mais la presse est dirigée par des grands groupes (proches du gouvernement ou contre). L’oligarchie n’est pas née d’hier mais bien avoir conscience du phénomène et le schéma de ces grands groupes en tête vous permet de décoder les traitements infos. Ceci dit, depuis la fin de la dictature, je trouve la liberté d’expression de la presse reste assez saine en Argentine.

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante » 😉

N’oubliez jamais une bouteille ou un bidon en plastique laissée malencontreusement sur le toit de votre voiture : c’est un signe populaire pour signifier que votre voiture est à vendre ! Ca vous évitera bien des coups de sonnettes à votre porte pour avoir des infos !

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« De ma fenetre, je vois…. » :

Les maisons voisines. Cela n’a pas l’air mais nous somme en centre ville de La Plata ! Comme vous verrez, les villes sont très vertes, il y a beaucoup de places publiques et de nombreux espaces verts. Les argentins vivent dehors !!

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Le blog de Clément, pour tous ceux qui sont devenus accros à l’Argentine :


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Merci Clément, pour cet extraordinaire exposé, très vivant et coloré, sur l’Argentine !!

Jusqu’ici, les femmes qui ont témoigné n’avaient souvent pas osé être trop bavardes, je crois que Serge et Bangkok et Clément de Buenos Aires ont ouvert la voie !

La semaine prochaine, Emilie nous emmène découvrir Mumbai, en Inde !





Clément, à Buenos Aires, Argentine #1

13 09 2010

  • Bonjour à tous. Je suis Clément, chef d’entreprise, gourmand, curieux et prof de français (entre autres !). En couple depuis 2004.

  1. Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ?

J’ai pose timidement les pieds sur le sol argentin un jour caniculaire de février 2006 par amour.. J’ai profité de l’occasion pour y terminer la dernière année de mes études hôtelières, un MBA international d’administration d’entreprise. Mais je vous avoue que j’ai toujours eu la bougeotte depuis ma tendre enfance et l’Argentine ne semblait être qu’une étape supplémentaire dans mon esprit routard insatiable. Apres mure réflexion, du style « pesons le pour et le contre », brainstorming familial et compagnie, j’ai finalement décidé d’y posé mes valises et de monter mon entreprise l’année dernière.

Un tango de rue a San telmo, un quartier tres coloré.

2- Comment se passe la scolarisation ? Y-a-t-il des ecoles francaises ?

Nous n’avons pas encore d’enfants. La scolarisation est finalement assez différente quand à la charge horaire et la validation les diplômes français obtenus en Argentine un parcours du combattant (et vice versa). Le calendrier scolaire est très souple et trop léger à mon gout. Classe de 4 heures en primaire et secondaire, des semaines entières de vacances pour les jours fériés, 4 jours pour pâques… Un système de fériés « flottants » pour pouvoir caler les jours fériés officiels du calendrier là ou ça arrange tout le monde, comprendre le vendredi ou le lundi. Bref, niveau surcharge de travail, ce n’est pas ça. Sauf pour les petits français qui suivent le calendrier du lycée français de Buenos Aires…C’est une toute autre cadence. C’est levé à 7 heures du matin et pas question de jouer au foot l’après midi. Une grande partie des écoles privés sont bilingues (espagnol / anglais) et de nombreux instituts de langue plus ou moins scrupuleux pullulent.

3- Vos enfants sont-ils bilingues ?

Je pense que oui ils seront bilingues, je m’y efforcerai. Le français est une langue si difficile que je souhaiterai vivement qu’ils l’assimilent des le berceau afin de ne pas l’avoir à user leur fond de culottes en classe de français !. Ca leur fera un charme supplémentaire. (Etre français en Argentine apporte sa forte dose de sympathie et de glamour). Ils seront également sages, grands, cultivé et pertinents comme leur papa…

4- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalités, les habitudes culturelles du pays ?

L’argentin au volant, cimetière au tournant ! J’ai toujours peur de mourir quand je monte dans ma voiture. Tout le monde fait ce qu’il lui plait tout simplement et a surenchère dans le n’importe quoi est un sport national…Ca va de griller le feu rouge, rouler sans plaque d’immatriculation, sans lumière (et sans phares non plus), rouler à vélo à contre sens, jusqu’à se déplacer sans scrupules avec 4 gramme d’alcool. Le manque d’éducation y est pour beaucoup mais il règne une sorte de «Si tout le monde conduit mal, pourquoi je serai le seul à bien conduire ? » qui me laisse souvent pantois car en appliquant les règles à l’européenne le danger public, et bien c’est toi car tu roule bizarrement pour l’autochtone ! Coté sauvons la planète, le gaspillage de l’eau douce (on vide sa piscine toutes les semaines) et l’usage outrancier des imprimantes au lieu d’écrire l’essentiel sur un post it m’énerve aussi. La conscience écologique ne fait pas partie des priorités des gouvernements des pays « en voie de développement ». Et pour finir  la siesta est un petit pêché mignon qui peut m’énerver égalementde temps à autre quand je suis pressé de faire quelque chose entre 14 et 16 heures et que je ne peux pas le faire because  syndrome  « heure-sacrée-de-sieste—donc-magasins-fermés » !

5- Qu-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?

L’accueil chaleureux et désintéressé des gens, la spontanéité dans les rapports, les fous rires possibles entre 2 inconnus. Les codes culturels et de bonne éducation sont beaucoup moins compliqués que chez nous. Le coté impulsif qui fait ici plus qu’ailleurs on ne triche pas. On pleure si on est triste, on rie si on est heureux. Peu importe ou l’on se trouve et avec qui. On laisse vraiment parler ses émotions. Et je trouve cela très beau et remet les choses de la vie à leur place. Les codes sociaux qu’on m’avaient inculqués dans mon petit village gaulois en ont pris un sacré coup ! Tout le monde se tutoie, sans chichi ni tralala et on peut raconter sa vie à un total inconnu sans passer pour un dingue et partir sans attendre à la revoir jamais. On partage dans l’instant. On ne planifie rien pour demain, c’est au jour le jour donc autant faire que ce jour soit le meilleur. Une vie plus épicurienne en somme.

Des petits bars typiques ou l’on ecoute des milonga des années 20

6- Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ? (en positif, cote mentalite principalement)

Le sens pratique ! On répare tout ici. Et les quincailliers se font un plaisir pour vous réparer l’abat jour votre lampe de chevet, votre tuyau d’aspirateur, vous donner le bon joint du robinet de la cuisine, le bouton de votre gazinière, le loquet de la portière de votre voiture…bref, tout se change! Ni cause ni effet ni lien avec la crise de 2000. C’est comme ça, l’Argentin répare, retape, reboutonne, repeint, redonne vie à ses antiquités jusqu’au dernier souffle…cela donne beaucoup de charme aux vieilles demeures et vous promet souvent des rencontres du troisième type. Quoiqu’il en soit, c’est bien pour votre porte monnaie, ça aiguise votre coté manuel bricoleur et ça vous donne l’impression d’être un vrai pro qui sait tout plein de trucs ! Seulement voila, il faut être futé étant donné que chaque quincailler est « spécialisé » en quelque chose. Par exemple, vous ne trouverez pas obligatoirement un pas-de-vis de robinet chez le « special robinetterie », mais plutôt à la « ferreteria »( car c’est du fer). Et encore, il faut que ce soit une « ferreteria » spéciale salle de bain ou cuisine, car la plupart sont plus orientées « gaz, téléphone et tv » et n’auront pas la pièce tant recherchée en stock. Le plus sûr est d’emporter le robinet ou le tuyau d’aspirateur avec vous dans le sac à dos pour que monsieur « Je te trouve tout » le voie. On perd un temps fou mais c’est un retour au bon vieux système D. C’est ca qui me plait ici.

Des arbres immenses. Ils font souvent 25 a 50 metres de diametre. On soutient les branches avec des etais tellement elles sont lourdes

7- Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

Avec un système du plat unique à chaque repas, le bœuf argentin sera toujours la base du menu avec une salade. Végétariens s’abstenir ! L’Argentine sent la viande grillée ! L’Argentine compte autant d’habitants que de vaches donc la viande bovine est la base de toutes les recettes traditionnelles Et au resto, un steak vous vaudra une lourde digestion d’un parpaing de 500 a 750 grammes. Un argentin qui n’a pas sa dose de viande considèrera qu’il n’a rien mangé et le poulet n’est pas de la viande à ses yeux ! Avec toutes les conséquences niveau santé que cette habitude engendre, le cholestérol, triglycérides et tout type de soucis cardio-vasculaire sont un fléau national. Je tente de manger du poisson le plus possible mais ce n’est pas évident (manque de distribution, denrée rare et chère). Par contre, quand je rentre en France, les morceaux de viande qu’on me sert me paraissent tout petits.. La confiture de lait également se retrouve dans tous les desserts, on en mange avec tout même avec du fromage…c’est pour dire. La milanesa (fine lamelle de poulet avec chapelure) me plait assez car en plus d’être bon, c’est super simple à cuire. Et avec 30°Cet un soleil radieux dehors, on a autre chose à faire que de rester renfermé dans sa cuisine ! Coté gourmandise, je craque pour toutes les calories et graisse saturées que l’on trouve dans le mantecol (crème de cacahuète vendue en barre d’un Kilo) ! Quand on croque dedans, on ne peut plus s’arrêter.

La parrilla, resto des grandes reunion de famille. Un passage obligé, une indigestion garantie

Coté bof, les gnocchis, ou gnoquis (un plat à base de farine qui se cuit comme les nouilles) ne me plaisent pas trop. Culturellement, il se sert le dernier 29 du mois quand les porte-monnaies sont vides. C’est simple, économique a faire et traditionnel. Coté gout, faudra repasser.

Ce que je ne trouve pas, qui est dur pour mon sevrage, vous allez rire mais c’est le celeri rave ! Cette racine savoureuse est donnée aux cochons au lieu de la cuisiner. Je n’ai jamais pu trouver un seul cèleri rave dans le pays. Et ce n’est pas faute d’avoir mener finement l’enquête auprès de nombreux éleveurs de cochons…Mystère et boulle de gomme. Ou passe donc le céleri argentin ? Et en tout bon franchouillard qui se respecte, les fromages de chèvre me manquent énormément !

Des vendeurs de rues bien posé, une jolie maison et hop, c’est dans la boite.

8- Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

On aime tellement la viande de bœuf en Argentine qu’on mange aussi son estomac, le « mondongo ». Peu ragoutant aux primes abords, Il se mange dans tous les bons restaurants-barbecue « las Parillas ». Niveau texture, on croirait manger une serviette de bain super épaisse. Niveau gout, c’est comme un gant latex sucré. Je ne suis pas fan.

Non, on ne mange pas de cafard ni de rats… On est loin de Kho Lanta ici.

9- La vie est-elle chère ?

En fait, vu l’inflation galopante du pays, le temps que j’écrive cette phrase, le peso argentin aura perdu 1% de sa valeur face au dollar ! J’exagère mais personne n’a confiance dans le peso depuis la crise terrible de 2010. Tout le monde changera volontiers ses bas de laine de pesos contre des dollars des qu’il le peut et il est pas rare de payer ses courses en dollars si on veut. Je me souviens que l’Euro était à 3.5 pesos à mon arrivée en 2006. Il est en ce moment presqu’à 5 pesos…Dur dur pour acheter les billets d’avions. Ceci dit, Les produits alimentaires restent très bon marché et les produits sont vraiment de qualité. La viande bovine est de plus en plus chère mais en gros, on peut dire que la classe moyenne a une meilleure qualité de vie ici qu’en France. Pour illustrer concrètement le panier de la ménagère argentine, un café noir est à 6 pesos, un timbre poste aussi, un bon resto coute 60 pesos, ticket de bus, 1.10 pesos, un chambre d’hôtel classique 50 pesos. Un kilo de viande 21 pesos (Bah oui, c’est un repère essentiel ici !). Le Sud du pays est un peu plus cher, voir vraiment plus à Ushuaia. Et si vous êtes timide avec signes extérieurs flagrants de touriste on vous gonflera volontiers les prix, et en dollar. A vous de tenir tête. Bon, en gros, j’estime qu’on vit bien ici. Le seul hic avec la crise économique et la dévaluation de pesos en 2001, c’est que les denrées étrangères sont hors de prix à l’importation ( 1 dollar pour 4 pesos et 1 euro pour presque 5 pesos ),  l’effet placebo avec des produits de substitution institué sur le marché argentin est inévitable.


10- Cote conduite ?

Je vous donne la définition de l’anarchie ? C’est rouler en Argentine. Grand défenseur de polyvalence depuis ma tendre enfance (je passais du Nutella à la gelée de coing en 12 secondes), j’essaie toujours de ruser pour éviter de prendre la voiture pour me déplacer dans Buenos Aires. Colectivo (le bus), subte ( 6 lignes ), taxi et remises (vraiment peu cher et nombreux), ma bicyclette ou en dernier lieu à pied, je chercherai toutes les alternatives pour laisser ma voiture au garage. Trop dangereux. Je m’estime cependant chanceux car j’ai été formé à la conduite « de l’urgence » pour avoir passé mon permis de conduire à Addis Abebba quand j’étais militaire. Mais il m’a fallu le repasser ici en Argentine. 3 permis de conduire en poche en plus du permis français, ca vous rend philosophe et permet de comparer les formations entre elles. Ma conclusion est sans appel : En Argentine, c’est le summum du n’importe quoi. Je pèse mes mots. Formation en 4 jours, on vient passer l’examen de conduite avec sa propre voiture. On se gare, on recule et c’est bon. Suivant. Résultat sur le terrain: Des ceintures de sécurité et des clignotants qui font décoration, des piétons et des vélos sur les rares autoroutes du pays, des capots levés de vieilles Falcon, Taunus et 504 tous les 200 mètres, des dépassements par la gauche, par la droite, par la bande d’arrêt d’urgence quand il y en a, des ouvriers dans les bennes des camions qui balancent leur bouteille d’eau sur votre pare brise, 6 files décrétées quand il y en a que 3 marquées au sol . Vous aurez compris que je pourrais être très prolixe sur ce sujet.

Un des petits metiers de rues en plus du promeneur pour chien le cireur

11- L’intégration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’intégrer et de rencontrer toutes sortes de nationalités ?

Assez facile oui, on aime bien les français ici. Et c’est là que nous prenons conscience de l’image de la France dans le monde. J’ai maintes fois constaté que plus l’ on s’éloigne de la France géographiquement, plus l’imaginaire collectif aura tendance à nous sublimer, nous, petits français comme étant le symbole de la finesse, raffinement, parfum, bonne bouffe, galanterie et élégance. Si vous êtes français, vous partez vraiment avec un capital sympathie supérieure à la moyenne. Mais le plus dur c’est de leur faire comprendre que la France est un grand bazar organisé et que si, les français disent aussi des gros mots ! On discutera volontiers avec vous et vous pardonnera le verre cassé au restaurant. (du vécu!)alors que l’argentin se serait fait engueulé comme jamais. Sarkozy et Carla, le couak de Domenech au mondial, ou encore « la révolution française » se classent en tête des sujets que l’on aborde avec moi. La communauté française, riche de 15000 dans tout le pays, possède de nombreuses associations, ou centres culturels. Je n’en fais pas parti, je n’en ressens pas le besoin car je ne suis pas parti de France pour me retrouver ici avec des français ! Haut lieu touristique et estudiantin, il y a beaucoup d’étrangers de toutes nationalités dans les rues de Buenos Aires. Un petit air de Paris quelquefois

***

Clément étant (pour mon plus grand plaisir), très prolixe, j’ai préféré programmer son témoignage sur 2 jours, histoire de mettre un peu de suspens…

Je vous invite donc à retrouver Clément demain, pour la suite de la découverte (très colorée), de l’Argentine !

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