Aude, les bouillottes, la vache crue et l’amharique… à Addis Abeba (Ethiopie)

28 11 2011

1- Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ? (contrat d’Expatriation ou en duree indeterminee…) Est-ce la premiere fois que vous vivez a l’etranger ?

 

Nous sommes dans notre cinquième et dernière année en Éthiopie. Quand mon époux a eu une opportunité de mutation, je l’ai suivi avec nos deux enfants. J’étais déjà installée à mon compte comme transcriptrice-correctrice, cela ne m’a donc posé aucun problème vis-à-vis de ma situation professionnelle. Mes clients ont tout d’abord été surpris ; maintenant, ils suivent nos aventures avec un certain plaisir…

 

2- Comment se passe la scolarisation ? Y-a-t-il des ecoles francaises ? Y avez-vous mis vos enfants ou au contraire avez-vous opte pour le systeme anglais (ou autre) ? Avez-vous acces a d’autres pedadogies ? (Montessori, Steiner…)

 

Nous avons la chance d’avoir un établissement français à Addis-Abeba. Ma fille était alors en maternelle, mon fils était en première année de primaire. Le lycée Guebre-Mariam est un peu une exception dans le réseau de l’AEFE avec seulement près de 10 % de Français, 70 % d’élèves éthiopiens, le reste concernant surtout des enfants des organisations internationales telles que l’Union africaine.

 

3- Vos enfants sont-ils bilingues ?

 

Nos enfants ne sont toujours pas bilingues à notre grand désespoir…

 

4- Qu-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?

 

Addis-Abeba est à 2 500 m d’altitude, c’est-à-dire que c’est un environnement formidable pour la santé : pas de paludisme, peu d’insectes, etc. De plus, nous avons une pêche d’enfer dès que nous rentrons en France ! Les premières semaines sont un peu difficiles : on a l’impression d’être essoufflé au moindre effort, mais le corps est opérationnel au bout de six mois.

 

5- Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ? (en positif, cote mentalite principalement)

 

Bien que ce soit un inconvénient au quotidien, nous apprécions la simplicité de notre vie. Nous sommes loin de la société de consommation, des diktats de la mode, etc. C’est surtout un sacré atout avec des enfants qui effleurent l’adolescence : ils ne connaissent pas les marques de vêtements, ils sont peu exigeants, etc.

 

6- Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

 

L’Éthiopie n’est pas un pays connu pour sa gastronomie, mais nous nous régalons de l’excellente viande de bœuf que nous trouvons. De plus, une Française possède un élevage de canards et nous fournit en de très bons produits. Maintenant, pour les gourmands, il faut mettre les mains à la pâte au risque de dépérir. Comme on trouve les produits de base (farine, œufs, beurre, etc.), on n’a aucune excuse pour cuisiner. C’est juste une question d’envie (et de gourmandises), ici, je me suis mise à faire du pain, des viennoiseries, des glaces, des éclairs au chocolat, et même les profiteroles de A à Z !!!

 

7- Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

 

Les Éthiopiens adorent la viande crue, mais vraiment crue. La vache est juste coupée en deux dans le sens de la longueur, fixée à un crochet de boucher, puis les convives viennent découper directement des petits morceaux de viande… Eh bien, je ne m’y fais toujours pas…

 

8- La vie est-elle chere ?

 

Les expatriés peuvent relativiser le coût de la vie vu leurs revenus, mais si l’on compare les prix au pouvoir d’achat, c’est comme si on voyait le litre de carburant à 15 euros, le kilo de tomates à 12 euros, le beurre Président (200 g, importé) à 12 euros…

 

9- Cote conduite ?

 

L’altitude et la mauvaise qualité des carburants limitent naturellement la vitesse… Heureusement !

 

10- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalites, les habitudes culturelles du pays ?

 

Les années passent et pourtant je ne supporte toujours pas de voir les habitants déféquer dans la rue. La ville est un ensemble de maisons en tôle. Les toilettes sont collectives. Du coup, les personnes s’arrêtent n’importe où pour faire leurs besoins…

 

11- L’integration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’integrer et de rencontrer toutes sortes de nationalites ?

 

La communauté française est très petite, quelque 800 personnes sont inscrites au consulat… Le lycée Guebre-Mariam est le lieu pour faire connaissance avec ses compatriotes. Sinon, il n’est pas aisé de lier amitié avec des Éthiopiens vu notre différence de niveau de vie.

 

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

 

Je n’ai même pas essayé d’apprendre l’amharique. Cette langue est parlée dans la capitale et un peu en dehors, mais c’est tout. Du coup, je n’ai pas eu le courage de l’apprendre…

 

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

Trouver un logement répondant à nos attentes « occidentales » est peu aisé à Addis-Abeba. En fait, on récupère souvent le logement de notre prédécesseur pour… un an. Eh oui, les propriétaires ont la fâcheuse habitude d’augmenter de près de 100 % les loyers d’une année sur l’autre, même si tous les travaux ont été à votre charge. Du coup, chaque année, on joue aux chaises musicales pour récupérer la maison d’Untel qui l’avait bien remise en état… Quelques quartiers résidentiels sont apparus depuis ces cinq ans, mais la majorité des maisons se situent au milieu de quartiers populaires composés de maisons en tôle. Certaines maisons sont encore en torchis recouvert d’induit (impossible d’y fixer les tableaux ou les étagères au risque de tout voir dégringoler dans la nuit, c’est du vécu !), d’autres sont un bloc de béton sans trop de cachet. On trouve maintenant des quartiers résidentiels qui regroupent un ensemble de villas à l’américaine, avec un système de surveillance collectif. Les loyers sont très élevés à Addis-Abeba par rapport aux services proposés (problème d’eau, pratiquement pas de puits dans les jardins sauf exception, pratiquement pas de panneaux solaires) : entre 10 000 (maison en torchis) et 100 000 birrs (soit entre 400 euros et 4 000 euros en novembre 2011).

 

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

 

Addis-Abeba n’est pas faite pour se balader le week-end. Heureusement, il est possible de profiter pleinement de superbes paysages à partir de 3 heures de route. Lac dans un volcan (Wenchi), lac Langano (en plaine), hyènes sont alors à votre portée. Un vrai bonheur pour petits et grands.

 

15- A quelle frequence « rentrez »-vous en France ?

 

Nous rentrons en France tous les ans pour l’été. Nous apprécions beaucoup cette coupure. Tout d’abord, c’est la saison des pluies ici, c’est-à-dire que nous sommes dans la gadoue et ce n’est pas drôle. Ensuite, c’est l’occasion de revoir la famille et les amis, de manger toutes les bonnes choses bien françaises (hum ! du bon fromage sur de la baguette fraîche avec un bon bordeaux !) et passer des heures dans les librairies.

 

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

 

Nous avons l’opportunité de poursuivre l’aventure de l’expatriation dans un nouveau pays pour encore cinq ans. Ensuite, nous devrons rentrer en France. Dès notre première expatriation, nous avons considéré que c’était une chance énorme que de parcourir la planète. Par conséquent, nous avons toujours eu en tête qu’il faudrait rentrer en France. Nous l’avons déjà fait pendant trois ans, cela ne nous a posé aucun problème. Par contre, la mentalité française évolue — ou alors est-ce nous ? — et certains propos nous choquent parfois : se plaindre de la Sécurité sociale nous semble toujours inadmissible quand on voit le nombre de pays qui ne bénéficient pas d’une telle structure !

 

18- Quel est le climat ?

 

Le climat est agréable à Addis-Abeba. Alors que nous sommes en Afrique, très proche de l’Équateur, nous ne souffrons jamais de la chaleur sauf quand on descend en plaine. D’ailleurs, nous dormons toujours avec une couette et parfois même avec une bouillotte !!!

 

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

 

Avec la distance, nous savourons les produits bien de chez nous. Nous apprécions d’aller faire les courses au marché l’été quand nous rentrons alors que je trouvais que c’était une perte de temps auparavant. Nous adorons batailler pour le produit de tel village, les chaussures fabriquées dans telle région, etc. Est-ce cela le chauvinisme ?

 

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante » 😉

Lors d’une balade en pays afar, nous décidons de partir à la recherche de la fameuse plaine aux zèbres. On nous explique qu’il nous faut un guide pour aller dans ce coin. Soit, nous arrivons à mettre la main sur la personne ad hoc. Première surprise, il est armé ! Glurps ! Il prend place à l’avant, la kalachnikov entre ses jambes, le canon pointé vers mon époux ! On n’y connaît rien en arme, la seule question que nous nous posons est : y a-t-il une balle dans la chambre ? Nous ne le saurons jamais. Notre compagnon de route ne parle pas anglais, il indique la route par des gestes, mais connaît-il vraiment le chemin : au bout de 2 heures, nous n’avons parcouru que 6 kilomètres. En fait, il ne connaît pas la piste parce qu’il a l’habitude de couper la plaine, mais… à pied ! Nous sommes rentrés avec le dos cassé, mais nous avions vu nos zèbres ! De retour à Addis-Abeba, nous étions fiers de raconter notre aventure : nous avons alors appris qu’il est interdit d’aller dans ce coin sans autorisation écrite délivrée par les autorités à Addis-Abeba !!!

 

« De ma fenetre, je vois…. » :

 

Nos aventures sont en ligne :

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Merci Aude pour ce témoignage plutôt original… Encore un pays dont nous ne connaissons finalement que la facette montrée par les médias…

La semaine prochaine, on change de continent ? 

J’attends vos témoignages !!!

Et si vous connaissez des Français partis vivre dans de tout petits pays presque inconnus, ou bien au Groenland, ou pour une mission en Antarctique, faites passer le lien 🙂