Anne, une Belge infiltrée parmi les Français… à Alger (Algérie)

16 05 2011

1- Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ?  Est-ce la premiere fois que vous vivez a l’etranger ?

Je vis en Algérie depuis bientôt 5 ans, à durée indéterminée puisque c’est l’amour qui m’a amené ici. Monsieur est algérien. Nous avons fait le choix de vivre ici car il m’était plus facile de quitter la Belgique que lui l’Algérie.

 

2- Comment se passe la scolarisation ? Y-a-t-il des ecoles francaises ? Y avez-vous mis vos enfants ou au contraire avez-vous opte pour le systeme anglais (ou autre) ?

Nous n’avons pas encore d’enfant.

Il y a plusieurs « formules » : le lycée international où les cours sont donnés en français (cher à ce qu’il paraît mais je ne connais pas les tarifs) ; le système privé où les cours sont souvent donnés en arabe et en français ; et l’école publique, en arabe exclusivement.

Il est difficile de généraliser la qualité de l’enseignement. Tout dépend vraiment de chaque établissement.

Le public a plutôt mauvaise réputation. De ce que j’ai vu des cours de mon neveu, je trouve qu’on cherche trop l’excellence au risque de passer rapidement sur ce qui doit être acquis. Les cours de CM1 ont, à mon sens, 2 ans d’avance.

Le privé est souvent accusé de ne chercher que le profit sans fournir une valeur ajoutée par rapport au public.

3- Vos enfants sont-ils bilingues?

Pas d’enfants mais ils le seront assurément.

 

4- Qu-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?

Je commencerais par parler du climat. L’hiver est clément même si contrairement à ce qu’on pourrait penser, il y a 4 saisons.

Les bougainvilliers, le jasmin, les arbres fruitiers (agrumes principalement).

J’aime le fait que contrairement à d’autres pays du maghreb, je ne suis pas un porte-feuilles sur pattes. Rien ne me coûte plus cher parce que je suis étrangère, même le taxi ! (et ici, pas de marchandage et puis le vendeur arrange toujours le prix au moment de passer à la caisse).

S’il manque 50 centimes (d’euro) ou si le commerçant n’a pas la monnaie, il arrondit toujours à votre avantage. De la même façon, si vous n’avez besoin que d’un concombre (ils se vendent au kilo ou 500 gr), on vous le donnera !

De manière générale, beaucoup de choses que j’aime sont directement liées au fait que je suis étrangère : les algériens nous trouvent souvent moins compliqués que les locaux donc ils sont beaucoup plus détendus et serviables avec nous. Après 5 ans, je pense toujours que les Algériens ne s’aiment pas entre eux.


6- Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

La cuisine algérienne est définitivement la meilleure cuisine au monde ! Des plats simples et économiques qui demandent peu d’ingrédients. Je ne savais pas qu’on pouvait faire des plats aussi goûtus avec si peu d’aliments. Ce que je trouve sympa aussi, c’est que certains plats sont en fait de grosses tambouilles du genre de celles qu’on vous refusait de faire dans votre assiette quand vous étiez petit !

J’ai aussi redécouvert les fruits et légumes. Quand je suis arrivée il y a 5 ans, à part les tomates et les courgettes, on ne trouvait rien hors-saison. Malheureusement, ça commence à changer.

Ce qui me manque surtout c’est la crème fraîche. Beaucoup de nos sauces en Belgique sont faites à base de crème fraîche. On peut parfois en trouver en superette mais c’est hors de prix (environ 2 euros le petit berlingo).

La charcuterie aussi me manque. Je ne vois aucune raison de ne pas en trouver, puisque ce qui se fait en Europe en dinde hallal se vendrait très bien ici. Tout ce qu’on trouve ici ressemble à des cervelas. On les appelle pâtés…

7- Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

Pas vraiment. Plutôt des plats surprenants comme le tikourbabine : une sauce tomates liquide avec des carottes, des courgettes et des navets dans laquelle on fait cuire des boules de semoules épicées et à la menthe. Un délice…

 

8- La vie est-elle chere ?

Pas si on consomme local. Les produits importés d’Europe sont un petit plaisir à ne se faire que de temps en temps.

9- Cote conduite ?

Code de la route inexistant. Heureusement qu’ici, nous n’avons pas à gérer les chameaux, les ânes et les drôles de mobylettes comme dans d’autres pays du maghreb.

10- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalites, les habitudes culturelles du pays ?

2 caractéristiques importantes : 1/les Algériens sont très serviables 2/ils ne savent pas dire « je ne sais pas » (une espèce de complexe dont l’origine m’est inconnue qui fait qu’on ne veut pas avoir l’air d’un ignorant). Conséquences : si vous demandez de l’aide à quelqu’un, si la personne ne peut rien faire pour vous elle ne vous le dira pas et vous retrouverez dans une situation bien pire qu’au départ. J’ai tendance à me méfier des gens qui disent « pas de problème ».

Le manque de civisme ! Chacun ne prend soin que de son petit périmètre qui s’arrête souvent quand on passe la porte de son appartement. Tout le monde se plaint du manque de civisme mais personne ne prend soin de l’espace commun. Je ne parviens pas à m’habituer au fait de voir chaque jour au moins une personne balancer un papier par terre.

 Beaucoup de choses me manquent de la Belgique mais surtout la convivialité des gens. On peut discuter avec n’importe qui de n’importe quoi très rapidement. Ici, on ne peut pas entamer la conversation à l’arrêt de bus, on passe pour suspect. Exemple: j’ai proposé un jour à une dame que j’avais vu quelques fois et qui allait au même endroit que moi de partager un chauffeur (taxieur clandestin) afin de nous rendre au travail. Elle a eu l’air choqué et a éludé ma proposition. Le soir en en parlant avec mon mari, il ne s’est pas étonné de sa réaction. Je lui ai expliqué qu’en Belgique, dans le cas d’une grève de train par exemple, on finit toujours par discuter avec les autres usagers et qu’il y a de fortes chances que celui qui décide de prendre sa voiture propose le covoiturage aux autres. Moins d’un mois plus tard à l’occasion d’un voyage en Belgique, nous nous sommes retrouvés coincés à la gare en raison des intempéries et ça s’est passé exactement comme je l’avais raconté : nous nous sommes vu proposer un covoiturage. Je ne dis pas que ce genre de choses n’arrive pas en Algérie, mais il faut plus de temps alors qu’en Belgique ça se fait très naturellement. La même dame de l’arrêt de bus a mis un mois à me saluer !

11- L’integration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’integrer et de rencontrer toutes sortes de nationalites ?

Ma situation est particulière puisque mon mari est algérien. Je me suis rapidement liée aux copines/femmes de ses amis. J’ai tendance à ne pas mélanger boulot et privé donc je ne peux pas dire que mes collègues sont des amies même si le contact s’est fait très facilement.

Les expats que je connais sont des gens qui m’ont contacté via mon blog.

En ce qui concerne le quartier et les voisins, ils peuvent vous sembler froids au départ mais cela passe vite dès l’instant où ils vous connaissent un peu. Je dirais que les Algériens sont plutôt méfiants entre eux (rien à voir donc avec le fait que je suis étrangère). Quand vous arrivez dans un nouvel endroit (quartier, marché), les gens ont besoin de savoir qui vous êtes. Avec l’habitude et quelques conversations ils sauront que vous êtes du quartier, que vous ne faites pas de vagues et vous accepteront. Malgré cela, me prenant pour une touriste, on me propose très souvent spontanément de l’aide (pour les transports notamment).

 

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

Je n’ai pas pris de cours et mon mari ne me parle pas en arabe. Tout ce que j’ai appris me vient des commerçants, je ne maîtrise donc que le vocabulaire spécifique au marché.

 Ma vue du boulot

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

Nous habitons une cité dite « cossue ». Même s’il est difficile pour moi d’assimiler une cité à quelque chose de cossu, je dois reconnaître que nous ne sommes pas à plaindre. Les garages et rez-de-chaussée ne servent pas de magasins comme ailleurs ce qui rend le quartier très calme. Les voisins sont charmants et relativement respectueux des lieux de vie communs (on ne peut pas en dire autant de tous les quartiers).

 

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

Malheureusement, je ne peux vraiment répondre à cette question car sans voiture, nous sommes un peu limités et nous n’avons pas vraiment voyagé. Je ne peux parler que d’Alger qui est une ville époustouflante si on est capable d’ignorer le manque de civisme général.

15- A quelle frequence « rentrez »-vous en France ?

J’essaie de rentrer 2 fois par an.

 Vue du téléphérique sur le jardin El Hamma et le port

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

Je ne pense pas revenir en Belgique. Je n’y ai plus ma place. Je ne me vois pas refaire le chemin en sens inverse, retrouver du boulot tout ça. Ici mon profil professionnel est intéressant puisque beaucoup de choses restent à faire. Je n’ai pas l’impression d’apporter une vraie valeur ajoutée sur le marché du travail belge.

Je pourrai envisager de vivre ailleurs mais pas en Belgique. L’expatriation est une expérience tellement enrichissante que ça m’a filé la bougeotte ! Mais je ne pourrais pas partir à l’aventure sans rien de concret à l’arrivée.

Ce que je n’aime pas en Belgique, c’est la surconsommation ! Tout le monde a tout et bien plus ! La télé n’a pas le temps de ne plus fonctionner qu’on la remplace déjà par un écran plat géant !

Je regrette aussi beaucoup que les Belges ne soient pas aussi ouverts que les Algériens sur les autres cultures. Contrairement à ce que les gens pensent généralement, les Algériens ne jugent pas notre façon de vivre. Ils savent que c’est différent mais n’en font pas un jugement de valeur. Ce n’est pas le cas en Belgique.

17- Face a quelle mentalite/habitude/defaut francais etes-vous + clement, avec le recul d’habiter a l’etranger ?

Quand j’étais en Belgique, je trouvais les gens hypocrites (moi avec certainement) et comme tout le monde, je disais que je préférais qu’on me dise les choses en face. J’avais tort ! Ici, surtout entre femmes, c’est très cash. Exemple : une cousine a dit à une de mes belles-sœurs : «Ah ben t’as grossi dis donc ! Tu fais un concours avec ta sœur ? ». Et j’en passe… 

18- Quel est le climat ?

Humide en général. Les températures passent rarement sous les 10° l’hiver, ça s’apprécie. Pas une goutte de pluie de mai à septembre. Un peu dur. Par contre quand il pleut, il pleut vraiment !

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

Je cuisine beaucoup Algérien.

Je fais moins de manières en faisant les courses (ici pas de s’il vous plaît, c’est plutôt « donne-moi des tomates »).

J’ai pris beaucoup de choses de l’Algérie mais je ne sais pas franchement dire lesquelles.

Une manière belge que je ne perdrai jamais : l’organisation. Si je compte sur mon mari ou nos amis pour organiser quelque chose, ça ne se fait pas !

 

19- Y-a-t-il de la censure ?

Un peu. Disons que les scènes d’amour sont coupées à la diffusion… . La télé nationale est étatique donc on ne critique pas franchement le pouvoir. 

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante » :

Un jour que je prenais le bus pour aller rendre visite à ma belle-mère : je demande au receveur de m’indiquer où descendre, il me répond « pas de problème ». Je me retrouve dans une ville inconnue. Quand je lui explique qu’il s’est visiblement trompé, il me dit « pas de problème, je vais te remettre dans le bon bus ». Il explique au receveur du bus, je repasse derrière afin de m’assurer qu’on est sur la même longueur d’onde, ce nouveau receveur me répond « pas de problème ». J’ai fini je ne sais où et ma belle-mère a du venir me chercher en taxi !

 

et surtout la question primordiale :

 

« De ma fenetre, je vois…. » :

La méditerranée. Depuis quelques temps un pont a été construit juste au milieu de la vue. Malgré tout, je trouve que ça reste une des plus belles vues que j’ai eu l’occasion de voir ici. J’aime bien m’installer le soir au balcon et rêver à ce que font les gens ailleurs au même moment. Une espèce de communion avec la terre entière.

Merci Anne !

J’ai bien ri de l’anecdote, et je crois que ce n’est pas spécifique à l’Algérie : on a connu ça à Dubai aussi, avec les Indiens « Yes, yes » (mais « non » en fait) 🙂

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La semaine prochaine, on visite… et bien je ne sais pas encore… j’attends des retours de questionnaire !

Je vous rappelle que si vous souhaitez participer, rien de + simple : laissez un commentaire ou envoyez-moi un mail, je vous recontacte !