Guillaume, les vers grillés, les inondations et les massages de pieds …. à Bangkok (Thaïlande)

13 02 2012

 

1- Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ? (contrat d’Expatriation ou en duree indeterminee…) Est-ce la premiere fois que vous vivez a l’etranger ?

 

Je suis arrivé à Bangkok (Thaïlande) à la mi-octobre 2011. Je dois normalement rentrer en France à la fin de mon semestre d’études, début mai 2012. C’est bien la première fois que je vis à l’étranger et j’aimerais beaucoup prolonger cette expérience asiatique d’au moins un an. Mais pour cela, je dois trouver une mission ici.

 

4- Qu-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?

 

Ce pays est juste extraordinaire. Les gens sont d’une part très accueillants. En tant qu’européen et blanc, on est très bien considérés même si il s’agit de stéréotypes bien ancrés. D’abord comme étant riche, mais aussi comme étant « plus beau que la moyenne ». En France, c’est plutôt l’inverse mais ici les thaïs aiment les peaux blanches. La mode, omniprésente, véhicule des codes de beauté liés à la blancheur. Outre cela, les gens sont très disponibles et ont toujours le sourire. Leur regard peuvent paraître insistants mais c’est surtout de la curiosité. On s’y habitue très vite. De plus, on ne ressent pas de jugement dans leur regard comme on pourrait avoir en France. Ils sont aussi très respectueux de manière générale et inspirent la confiance. Pour la petite anecdote, un de mes amis a oublié sa carte bancaire deux fois quand il est venu en Thaïlande. Je lui ai dit qu’il n’y aurait aucun problème et qu’il ne devait pas s’inquiéter. Les deux fois, les personnes l’attendaient avec sa carte !   

 

5- Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ? (en positif, cote mentalite principalement)

 

Les catégories sociales sont moins marquées et tout le monde semble pouvoir se rassembler, tout au moins autour de la religion bouddhiste et de la ferveur envers le roi. Les thaïs sont très solidaires. J’ai vécu la deuxième phase des inondations à Bangkok et j’ai été frappé par la mobilisation pour aider les sinistrés. Enfants comme adultes. Ceux qui travaillaient, venaient aider directement après leur heures de travail, même la nuit. D’une manière générale, les gens sont très respectueux et ne s’énervent pas.

 

6- Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

 

Les thaïs mangent dans la rue sans arrêt. C’est une vraie institution. La nourriture est très bon marché (moins d’un euro le plat en général) et délicieuse. Les plats sont préparés et servis en quelques minutes et vous pouvez manger presque à toute heure, ce qui serait inconcevable ailleurs. L’un des plats emblématiques du pays est les pad thaïs. Ce sont des nouilles de riz sautées accompagnées de légumes, de graines, d’œufs, de crevettes. On y incorpore aussi une sauce sucrée à base de citron vert. On peut aussi y ajouter de la viande, des cacahuètes, des épices… C’est un délice ! Les fruits sont également délicieux et très bon marchés.  


En bon français, les aliments qu’on souhaiterait trouver et qu’on ne trouve pas ici sont nombreux. Heureusement, la bonne cuisine bon marché d’ici arrive à nous le faire un peu oublier. Le fromage évidemment manque à l’appel. On peut trouver des petits camemberts autour de 8 à 10 euros. Les « toastinettes », ces fines tranches de fromages que l’on met dans les croque-monsieur ou les hamburgers sont même vendues comme du fromage ! Il est aussi plus difficile de manger un bon steak saignant. Certains restaurants l’ont bien compris et proposent dans leur menu le choix entre des steaks thaïs et des steaks d’importation ! Il en est de même pour la charcuterie quasi-inexistante. Côté boissons aussi, on pourrait aussi trouver à redire. Pas de vin et seulement des bières blondes. Pour l’alcool fort, il faudra choisir des marques européennes pour retrouver les goûts que l’on connaît.    

 


7- Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

 

Certains thaïs mangent des insectes grillés. Ce n’est pas une majorité mais ils en sont quand même friands. J’ai pu goûter des vers grillés qui quand on oublie que ce sont des vers ne sont pas si mauvais ! Le problème seraient plutôt les insectes plus gros comme les sauterelles ou même les cafards. Ensuite, les thaïs mangent très épicés. Les plats sont généralement déjà épicés et on trouve toujours sur les tables de quoi ajouter des épices mais aussi du sucre. Je vous laisse imaginer le mélange final…J’ai aussi pu goûter aux sèches fumées. Rien de bien extraordinaire : caoutchouteux mais surtout une odeur bien prononcée de poisson !

 

8- La vie est-elle chere ?

 

La vie n’est vraiment pas chère tant que l’on vit normalement. Manger à l’extérieur ne revient pas cher. Manger dans un restaurant revient un peu plus cher que dans la rue mais reste tout à fait abordable. Faire ses courses dans un supermarché peut revenir cher. En effet, les produits de marque ne sont pas moins cher contrairement à ce que l’on pourrait croire. Il en est de même pour les produits électroniques, les grandes marques de vêtement ou de cosmétiques ou encore les voitures dont le montant des taxes est très élevé. Les thaïs qui fréquentent les supermarchés ou les grands centres commerciaux ne sont pas majoritaires et appartiennent à une classe plus aisée. Faire ses courses sur les marchés, quelque soient les produits recherchés, reste bien plus abordable, d’autant que vous avez l’occasion de négocier. L’immobilier (achat ou location) est aussi très bon marché. 

9- Cote conduite ?

 

La conduite est bien différente de ce qu’on peut connaître en France. D’abord on roule à gauche. Ensuite, mieux vaut avoir un œil partout. Les règles affichées sont juste affichées. Quand vous vous trouvez à un carrefour sans feu, c’est un peu au premier au ou plus gros qui passe. Il faut « sentir » les choses. Pas de port du casque obligatoire pour les deux roues. L’âge des conducteurs n’est pas non plus un problème. J’ai déjà vu un garçon de 7 ans conduire un scooter. Il faut dire qu’ils naissent pratiquement dessus. Aussi ne vous étonnez pas de voir un papa conduire son scooter avec son fils devant et sa femme derrière qui tient leur bébé dans ses bras ! Le feu rouge est en général respecté à Bangkok, exception faîte des tuk-tuk qui semblent avoir une autorisation spéciale, peut-être liée au fait que les autres usagers de la route s’en méfient. Enfin, la considération pour le piéton est quasi-inexistante alors ne vous attendez pas à traverser tranquillement un passage piéton.

10- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalites, les habitudes culturelles du pays ?

 

Le culte du roi est effectivement pour moi assez difficile à supporter. Nous avons chassé nos rois il y a 300 ans et c’est à cette période qu’une nouvelle lignée royale est arrivée en Thaïlande. Les rois ont certes fait beaucoup pour la modernisation du pays mais on ne peut jamais échapper à leur image. Entendre ensuite de la bouche des thaïs que le roi est merveilleux n’est guère étonnant mais plutôt agaçant car ils n’ont pas l’occasion de se faire une vraie opinion. La deuxième chose est peut-être le terme qu’ils utilisent pour les étrangers et qui peut paraître blessant. Les étrangers sont appelés « farang » sans distinction. C’est plus difficile à comprendre pour nous français aujourd’hui car en tant que terre d’accueil, on ne pointe pas du doigt les gens en disant qu’ils sont étrangers. Mais comme on est bien considéré, on oublie très vite cette appellation.

 

11- L’integration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’integrer et de rencontrer toutes sortes de nationalites ?

 

L’intégration est selon moi facile car les gens sont extrêmement accueillants. La barrière de la langue reste toutefois un problème et il est plus facile de s’intégrer avec des thaïs qui parlent un peu anglais. Parler quelques mots simples de thaïs comme je le fais permet aussi une intégration beaucoup plus facile car les gens ressentent que vous avez fait un effort et vous gratifient de cet effort. Même si c’est pour dire que vous ne parlez pas thaï en thaï !! Comme je suis à l’université, j’ai facilement l’occasion de côtoyer des chinois, des cambodgiens, des bhoutanais, des camerounais, des américains…Ensuite les occidentaux se retrouvent souvent dans les clubs de la capitale pour faire la fête.  

 

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

 

Je ne connais pas la le thaï et la langue est assez difficile à apprendre. Pas en terme de grammaire ou de syntaxe car ils n’ont pas de temps et se contentent si on peut dire de placer les mots sans même utiliser par exemple de sujet ! Cependant, la prononciation est difficile et il y a cinq intonations différentes. Ce qui fait qu’un même mot peut s’écrire pareil mais que seule la prononciation lui donnera un sens différent. De plus, ils possèdent leur propre alphabet. Je pense que le plus difficile est de retenir les mots qui semblent beaucoup se ressembler et qui ont peu de consonnes contrairement à nos langues européennes.

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

 

Je vis dans un petit appartement confortable dans une résidence calme. Je me sens comme un privilégié car les places sont peu nombreuses dans le quartier. Environ 20m² pour 120 à 150 euros par mois (suivant ma consommation d’électricité), je dispose de l’air conditionné que je peux actionner depuis mon lit grâce à une télécommande. Lit qui m’a d’ailleurs valu quelques problèmes pour trouver des draps puisqu’il fait 2m sur 2. L’ensemble est meublé et j’ai aussi un réfrigérateur (pas non plus si courant en location !). A signaler car ce n’est pas systématique que j’ai l’eau chaude et une connexion internet câblée. Rien à redire sur le logement qui est très agréable!

 

 

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

 

Il est assez facile de partir en week-end. Les possibilités sont nombreuses. Le réseau routier est bien implanté et de nombreux bus sillonnent le pays. Ils sont bons marchés, confortables et ponctuels. Le train est aussi une possibilité mais il a tendance à être en retard. La dernière possibilité pour les trajets plus longs reste l’avion. Air Asia dessert bien le pays mais il faut s’y prendre à l’avance afin d’avoir des tarifs bons marchés. Après, la location d’une voiture ou d’un deux roues reste une autre possibilité à des prix abordables. Les premières plages ne sont qu’à environ 2 ou 3h de route de Bangkok. Pour des escapades plus natures, l’est (Erawan, Kanchanaburi) et l’ouest offrent aussi des possibilités. Remonter vers le nord si vous voulez effectuer des visites plus culturelles et chargées d’histoire comme les villes d’Ayutthaya ou de Sukhothai. Bangkok de par sa position se trouve à peu près au centre de la Thaïlande. Mais d’autres villes plus éloignées comme Chiang Mai ou Chiang Rai sont aussi à voir absolument.

 

Sukhothaï

Chiang Maï

15- A quelle frequence « rentrez »-vous en France ?

 

Je suis rentré une fois en France pour le moment et je pense que le moment des fêtes de fin d’année est le plus important. Il n’est pas fêté avec autant de ferveur ici et se retrouver en famille dans ces moments là est important.

 

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

 

Je pense en effet revenir en France dans quelques mois ou dans une année. Mais je n’ai pas forcément envie d’y rester. Qui aurait envie de revenir en France actuellement et avec tout ce qu’on peut entendre ? Crise de la zone euro, chômage, grèves, petites batailles politiques qui ne font pas avancer le débat sur les réelles préoccupations des français…On a à mon avis, beaucoup apprendre des autres cultures et des autres modèles économiques qui nous entourent.

 

17- Face a quelle mentalite/habitude/defaut francais etes-vous + clement, avec le recul d’habiter a l’etranger ?

 

Peut-être ce que je pourrais voir sur la route en France. Les thaïs ont une conduite plus que cool et adaptent leur conduite à la situation. 

 

18- Quel est le climat ?

 

Climat tropical. 2 saisons : saison humide de mai à novembre environ, suivie d’une saison sèche de novembre à mai. La saison sèche a deux phases : une première de novembre à  mi-février et une seconde plus chaude de mi-février à mai. Dans tous les cas, le climat est difficile à supporter et l’on transpire beaucoup surtout à cause de l’humidité. L’utilisation intensive de la climatisation dans les magasins, les taxis ou les bus est aussi assez éprouvante.

 

Ko Samet

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

 

Je me suis mis à la mode culinaire thaïlandaise. Je n’ai jamais cuisiné depuis que je suis arrivé et je sais que je ne cuisinerais pas. Le petit déjeuner reste toutefois un petit déjeuner bien français : céréales avec du lait, pain de mie beurré et jus d’orange. La plupart des thaïs commencent leur journée par des plats que l’on consommerait au déjeuner. Je vis encore un peu décalé par rapport aux heures thaïs et il m’arrive de me coucher très tard afin de pouvoir parler avec mes amis ou ma famille en France. On perd aussi un peu ces repères au début. En effet, ici c’est 12h de nuit et 12h de jour. C’est plutôt pratique mais le soleil se lève à 6h et se couche à 18h alors mieux vaut être matinal sinon la journée passe très vite !

 

19- Y-a-t-il de la censure ?

 

Il y a en effet une certaine forme de censure. Elle concerne le roi de Thaïlande. Ce dernier est partout. A 18h, dans tous les lieux publics (même certains lieux privés comme mon université par exemple) retentit l’hymne du roi. La consigne est donc de se lever et de ne plus bouger pendant tout l’hymne. De même, cet hymne est diffusé à chaque séance de cinéma ! La photo du roi (et de la reine) est immanquable. On la trouve partout, même sur des panneaux publicitaires. Il est absolument interdit de parler du roi et de ses ascendants en mal. Pendant un cours d’histoire culturelle thaï, notre professeur a demandé à un élève américain ce qu’il pensait d’un des rois ayant vécu il y a environ 300 ans. Ce dernier a dit qu’au vu de ce qu’on lui avait présenté, il s’agissait d’un mauvais roi. Les étudiants thaïs ont rigolé, le professeur a été bien mal à l’aise. Si bien qu’il a essayé de lui répondre mais la seule chose qu’il a pu dire a été qu’il fallait éviter de dire des choses pareilles, surtout en public.

 

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante » 😉

 

Un soir, alors que j’attendais dans la rue avec une amie d’autres de nos amis, je remarque un jeune homme qui semblait avoir faim. Visiblement très pauvre, il passe plusieurs fois devant moi en regardant des poissons en train de cuire sur un barbecue. Je décide après quelques minutes de l’interpeller afin de lui acheter l’un des poissons pour qu’il puisse manger. Peu de temps après, voilà qu’il m’installe une table en pleine rue et me sert le poisson…qu’il vend ! Pas très enchanté par l’idée de manger un poisson dont l’aspect ne me tentait guère, je goûte quand même ce dernier pour ne pas froisser mon vendeur. Mes amis revenus, je paye le malheureux et « prend la fuite ». Le jeune vendeur m’avait déjà servi un deuxième poisson sur la table alors que j’avais à peine touché le premier !

 

« De ma fenetre, je vois…. » :  

…une partie du quartier de Laksi où j’habite au Nord de Bangkok. J’aime beaucoup ce quartier car il est assez calme et véritablement à taille humaine. L’université se trouve à 10 min à pied mais souvent je prends un moto taxi car marcher sous le soleil devient vite éprouvant. Tout près se trouve de nombreux restaurants avec de la cuisine thaï mais aussi japonaise ou européenne. C’est un quartier bien vivant avec son marché où se côtoient des gens de tous niveaux de vie.

 

Vous pouvez retrouver les aventures de Guillaume en Thaïlande sur son blog :

clic !

 

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Pour la semaine prochaine, j’attends vos témoignages ! 

C’est par ici : mariegervais2004 AT yahoo.fr

 

 

 

 

 





Serge, ses rizières, ses boulangeries japonaises et… sa salade de fourmis au piment à Bangkok (Thailande)

6 09 2010

Famille franco-thaïlandaise, pur produit de la passion des voyages de Serge combinée à l’ouverture d’esprit de Pong avec pour résultat Maeva, 10 ans, et Naomi, 9 ans.

1- Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ? (contrat d’Expatriation ou en duree indeterminee…) Est-ce la premiere fois que vous vivez a l’etranger ?

Étant une famille « mixte », nous ne nous considérons pas vraiment comme des expatriés au sens classique du terme, mais plutôt comme des immigrants ou plus précisément des migrants. Aucun de nous n’avait vécu à l’étranger auparavant et la première à franchir le pas a été mon épouse qui est venue vivre en France en 1999. 2 filles et 5 ans plus tard, toute la famille a repris la direction de l’Asie où nous vivons depuis 2004.

Passionné de voyages, je connaissais déjà de nombreux pays de cette région que je parcours depuis plus de 20 ans et la Thaïlande reste aujourd’hui encore l’un des plus accueillants pour une famille européenne qui souhaite s’y établir. Ma profession de traducteur freelance n’imposant aucune contrainte géographique, nous disposons d’une liberté de mouvement rare qui nous permet d’optimiser notre lieu de résidence en fonction de trois critères que je considère essentiels : Éducation, Santé, Communication.

2- Comment se passe la scolarisation ? Y-a-t-il des ecoles francaises ? Y avez-vous mis vos enfants ou au contraire avez-vous opte pour le systeme anglais (ou autre) ? Avez-vous acces a d’autres pedadogies ? (Montessori, Steiner…)

La scolarisation, ou plus globalement l’éducation de nos enfants a été l’un des éléments clés de notre décision de déménager en Thaïlande. Ayant toujours eu pour projet de migrer vers des températures plus clémentes à moyen ou long terme, il fallait faire un choix : ce serait soit maintenant, au début de la vie scolaire de notre descendance, soit dans 20 ans lorsqu’elles seront autonomes. Ayant déjà été en contact avec le milieu scolaire et universitaire asiatique, j’apprécie particulièrement la discipline qui y règne, le respect des enseignants et des institutions en général, le persistance de certaines valeurs qui m’avaient été inculquées lorsque j’étais moi-même enfant.

Il existe bien un Lycée français à Bangkok, mais je considère qu’à l’instar des écoles internationales il s’adresse avant tout aux expatriés « purs », à savoir ceux qui sont ici pour une durée déterminée dans le cadre d’une mission et qui seront ensuite mutés en Argentine, au Mozambique ou ailleurs dans le monde où il retrouveront le même Lycée français ou autre école internationale. Étant une famille mixte, nous avons choisi le système scolaire local, mais en optant pour un établissement privé en raison du niveau épouvantablement bas de l’enseignement public. Il faut ici rester très attentif, car l’enseignement est avant tout un business et le coût d’un établissement n’est pas forcément proportionnel à la qualité de l’éducation qui y est prodiguée. L’école de nos filles est fréquentée par beaucoup d’autres couples mixtes provenant de différents pays, ce qui donne un patchwork pluriculturel très intéressant.

3- Vos enfants sont-ils bilingues ?

Ils sont même trilingues : leur maman leur a toujours parlé en thaïlandais, moi en français et elles fréquentent pour la troisième année maintenant une école dite bilingue où les cours sont donnés en deux langues : le thaïlandais et l’anglais. Les matières générales (maths, géographie, sciences, etc.) sont enseignées en anglais par des natifs anglophones, seules quelques matières comme le thaïlandais en tant que langue ou encore le bouddhisme et l’instruction civique sont enseignées en thaï.

Je continue à leur parler en français à la maison, sauf quand je les aide pour leurs devoirs où c’est l’anglais qui prime. Elles parlent aussi bien l’anglais que le français et encore mieux le thaï.

4- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalites, les habitudes culturelles du pays ?

L’attitude typiquement asiatique qui consiste à ne jamais vouloir perdre la face. Pour caricaturer à l’extrême, ils sont capables de vous annoncer le plus sérieusement du monde que la terre est plate parce qu’un mensonge gros comme une maison est tout à fait légitime s’il permet de ne pas perdre la face.

Le féodalisme de la société, le dédain affiché par l’aristocratie et la bourgeoisie pour les classes qu’elles considèrent inférieures. Au quotidien, ça se traduit par exemple par le type qui rentre du boulot le soir et qui s’arrête devant son portail en klaxonnant pour que la bonne vienne lui ouvrir en courant sous une pluie battante.

Le fait de prendre sa voiture pour un oui ou un non, même parfois pour traverser la route (voir à la fin, l’anecdote), juste pour montrer que l’on a les moyens de se payer une voiture.

5- Qu-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ? Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ?

La gentillesse des habitants, la sensation de sécurité, les milliers de petites échoppes au bord des routes où l’on peut manger à toute heure du jour et de la nuit, les dizaines de petits services de proximité comme, par exemple, l’affûteur de couteaux qui passe tous les dimanches, le moto-taxi au coin de la rue que l’on peut envoyer à la superette pour faire quelques courses, le coiffeur qui vient à domicile le dimanche matin à 8H00 (après lui avoir téléphoné le même dimanche matin à 6H00 !!), etc.

Il y a un aspect que je voudrais souligner : c’est la qualité de l’accueil et des soins dans les hôpitaux. Même en pleine épidémie de grippe H1N1, nous n’avons pas attendu plus de 20 minutes à l’hôpital avant de voir un médecin pour notre cadette. Les amis qui rentrent en France brûlent tous un bâtonnet d’encens à Bouddha pour ne pas être obligés de consulter un médecin ou de se rendre aux urgences pendant leur séjour dans l’hexagone !!

7- Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

La cuisine thaïlandaise est fabuleusement diversifiée et considérée comme l’une des meilleures du monde. Nettement moins grasse que la cuisine chinoise, elle ravira le gastronome amateur d’expériences nouvelles qui pourra laisser libre cours à son appétit de découverte sans être obligé de renouveler sa garde robe pour cause de surcharge pondérale.

Si l’immense majorité des produits français – et même alsaciens – se trouve dans les grands magasins de Bangkok, ville cosmopolite s’il en est, ce qui me manque le plus est un vrai Flammekueche !!

Pour les inconditionnels du pains et autres viennoiseries, il existe une chaîne de boulangeries japonaises au nom francisé et aux slogans parfois surprenants !!

8- Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

Les insectes grillés sont omniprésents sur les marchés et les enfants grignotent régulièrement des chenilles, ce qui est nettement plus sain que les chips et autres « trucs » industriels vendus en sachets aseptisés. Pour ma part, j’adore la salade de fourmis au piment.

9- La vie est-elle chere ?

La vie est nettement moins chère qu’en Europe, mais nous venons de prendre une sacré claque avec la chute de l’Euro qui nous fait perdre 20% de pouvoir d’achat.

Mais il est vrai que nous n’avons pas à nous plaindre et il existe énormément de petits marchés de quartier où l’on trouve des produits frais à des prix très raisonnables.

10- Cote conduite ?

Conduite à gauche qui demande une période d’adaptation. Mais les gens sont très « cool » au volant, très peu d’agressivité et on pourrait très bien s’arrêter au milieu d’un carrefour pour consulter sa carte : personne ne klaxonnerait, les autres véhicules passeraient tout simplement à côté.

Un truc inimaginable en France : en cas d’accident, il faut laisser les véhicules en l’état jusqu’à l’arrivée de l’agent d’assurance (le constat à l’amiable n’existe pas ici). Ça peut donner une scène hallucinante genre deux voies bloquées sur l’autoroute pendant les heures de pointe, les deux conducteurs concernés assis impassibles à côté de leur véhicule et des milliers de voitures qui essaient de se faufiler dans l’unique voie (parfois la bande d’arrêt d’urgence) restée libre sans le moindre coup de klaxon !!

11- L’integration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’integrer et de rencontrer toutes sortes de nationalites ?

Bangkok est une ville extrêmement cosmopolite et la société thaïlandaise dans son ensemble a une grande habitude d’accueil des migrants de tous les horizons. Tous les documents qui sont nécessaires pour les étrangers, aussi bien dans les services publics (immigration, impôts, etc.) que dans les entreprises privées (banques, téléphone, Internet), sont également disponibles en anglais, ce qui facilite considérablement l’intégration « administrative ». Cette partie était nettement plus compliquée lorsque mon épouse était arrivée en France.

Pour ce qui est de l’intégration socioculturelle, il est vrai que notre qualité de famille mixte facilite grandement celle-ci, mais les thaïlandais dans leur ensemble sont très sociables et ravis de partager leur culture.

Celui qui souhaite mener une vie sociale locale sera très bien accueilli par les thaïs, mais il existe aussi des associations francophones pour ceux qui préfèrent rester entre gaulois.

Un truc qui m’agaçait au plus haut point au tout début de notre arrivée en Thaïlande : lorsque j’annonçais ma nationalité, 9 fois sur 10 mon interlocuteur thaïlandais me répondait « Zidane !! ». Moi qui ait horreur des shows télévisés genre Loana dans le Loft ou Championnat de la coupe du monde de foute-bol !!

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

Je comprends plus que je ne parle le thaïlandais, mais j’ai très souvent mon interprète personnel avec moi !!

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

Nous possédons une maison à la campagne, à une heure de route de Bangkok, au milieu des rizières. Au quotidien, nous vivons dans la banlieue nord de Bangkok dans une maison que nous louons (les maisons en location sont moins chères que les appartements) à 500 m à peine de l’école des filles. En fait, nous avons choisi l’école et ensuite cherché un logement à proximité.

Le quartier est très agréable, beaucoup d’arbres, peu de grands immeubles, des petites rues où les enfants peuvent jouer et un stade juste à côté de l’école pour mon footing quotidien.

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

L’offre est immense, aussi bien à l’intérieur de Bangkok qu’à quelques heures de route aux alentours, et dès que l’occasion se présente nous y allons. Musées, parcs nationaux, jardins zoologiques, parcs d’attractions, il n’y a que l’embarras du choix. Ce n’est pas pour rien que la Thaïlande est l’une des principales destinations touristiques du monde. De plus, elle possède un patrimoine culturel et naturel fabuleux.

15- A quelle frequence « rentrez »-vous en France ?

Arrivés en Thaïlande en 2004, nous ne sommes rentrés que deux fois en France, la première fois en 2008 et la deuxième fois cette année, en 2010.

Mais la Thaïlande étant une destination touristique très facile, beaucoup de nos amis et de membres de notre famille étaient venus nous rendre visite.

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

Une fois que nos filles seront autonomes, rien ne s’oppose à ce que nous alternions France/Thaïlande, en fonction des saisons.

En fait, contrairement à d’autres nous n’avons rien fuit en quittant la France et nous apprécions beaucoup les deux pays. Le fait de pouvoir passer de l’un à l’autre est même un peu rassurant quelque part.

18- Quel est le climat ?

Tropical, avec trois saisons : L’été de mars à mai (température entre 25 et 40 °C), la mousson de juin à octobre (25 à 35 °C, grosse pluies qui transforment les rues en rivières) et l’hiver de novembre à février (les températures peuvent descendre à 18-19 °C à Bangkok, mais il peut y avoir des gelées blanches dans les montagnes du nord).

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

Difficile de parler d’habitudes, je dirais plutôt une adaptation à notre environnement en essayant de composer avec le meilleur des deux mondes.

Un exemple : nous mangeons à des heures à peu près fixes, assis à table et en famille, alors que les thaïlandais mangent à peu près à n’importe quelle heure et 5 ou 6 fois par jour.

Habitude locale qui m’a joué des tours au dernier voyage en France : au supermarché, c’est la caissière qui vous remplit les sachets et on ne met pas de pièce dans le chariot : on le laisse sur le parking en partant.

19- Y-a-t-il de la censure ?

Oui, et qui s’est considérablement accrue depuis le coup d’état militaire en septembre 2006.

Mais elle ne nous touche que très peu dans notre vie quotidienne et la censure sur Internet est facile à contourner. Nous ne sommes pas en Chine !!

Il existe aussi une forte censure culturelle (le ministère de la culture est ici surnommé le ministère de la préhistoire !!) qui freine malheureusement la création artistique. Un exemple récent a été le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul qui a reçu la palme d’or au dernier festival de Cannes alors qu’il est quasiment inconnu dans son propre pays. Ses films ne sont pas diffusés dans les salles du pays car il refuse toute censure. Il y a deux ans, par exemple, il a refusé de couper une scène où l’on voyait un moine en train de fumer et de jouer de la guitare.

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante »

L’un des aspects fondamentaux de la culture asiatique est la face. Il ne faut jamais perdre la face et essayer d’avoir la meilleure face possible. L’affichage, l’étalage de ses richesse fait partie intégrante de ce culte de la face. Il faut avoir une grande maison (même si elle est vide !!), il faut avoir une belle voiture (même achetée à crédit !!), si possible neuve (en gardant sa plaque d’immatriculation provisoire le plus longtemps possible !!), etc.

Cet étalage des richesses est indispensable dans une société féodale comme la société thaïlandaise où chacun doit pouvoir se situer socialement par rapport à son interlocuteur. Dans cet esprit, celui qui marche à pied est forcément plus pauvre que celui qui se déplace en moto, qui est lui-même moins riche que celui qui conduit sa voiture. À partir de là, il est impensable de faire le moindre pas de marche à pied, même pour aller au coin de la rue.

Nous étions un jour dans la famille de mon épouse en province. Nous parlions de décoration de jardin et l’un des oncles me propose de me montrer les créations d’un artisan du village qui réalise des statues et des meubles de jardin en bois. Il sort sa moto de son garage, m’invite à m’asseoir à l’arrière et nous voilà partis pour…. traverser la rue !!

Oui, l’artisan en question habite tout simplement en face, tout au plus à 30 mètres en incluant les jardins à traverser. Et bien il était hors de question d’y aller à pied, surtout pour un étranger « blanc » qui est forcément riche !!

« De ma fenetre, je vois…. » : a vous !

La vue de la fenêtre dépend de la saison, suivant que la rizière soit immergée en prévision du prochain semis ou en pleine croissance.

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Merci Serge !!!

J’ai une annonce personnelle : Serge, si vous pratiquez l’échange de maison, je vous laisse sans problème les clés de notre appart 120m2/vue sur mer en échange de votre sublime maison en bois pour un nouveau séjour dans ce si beau pays…

Pour decouvrir + en details la vie de Serge et de sa famille en Thailande :

clic

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La semaine prochaine… on continue nos voyages au masculin, avec le témoignage (trèèèès étoffé) de Clément, qui vit à Buenos Aires, Argentine

Comme quoi ce ne sont forcément les femmes les + bavardes, et tant mieux ! 🙂