Anne, le biltong, les nids de poule et les « panic rooms » … à Durban (Afrique du Sud)

24 10 2011
(désolée pour la mise en page de cet article, je me bats avec WordPress qui ne veut rien entendre cette semaine….)
Bonjour, nous sommes une famille française, installés depuis 1 an et demi à Durban, sur la côte Est de l’Afrique du Sud. Cédric travaille dans l’industrie alimentaire, moi je suis au foyer (et en formation Montessori), nos deux filles Augustine bientôt 5 ans et Salomé 2 ans et demi vont à l’école, et Joseph, 3 mois … profite de la vie !
1- Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ? (contrat d’Expatriation ou en durée indéterminée…) Est-ce la première fois que vous vivez a l’étranger ?
Nous habitons en Afrique du Sud depuis un peu plus d’un an et demi, en expatriation pour une durée théorique de 2 ans. Avant, nous avons passé 1 an à Singapour et 4 ans aux Pays-Bas, notre « point de départ » puisque nous étions là bas en « local à durée indéterminée ». Dans mon enfance aussi, j’ai passé un certain nombre d’années hors de la métropole, aux Antilles, notamment.
2- Comment se passe la scolarisation ? Y-a-t-il des écoles francaises ? Y avez-vous mis vos enfants ou au contraire avez-vous opte pour le systeme anglais (ou autre) ? Avez-vous acces a d’autres pedadogies ?
Il y a, au Cap et à Johannesburg, un certain nombre d’écoles internationales et des lycées français. Mais près de Durban, où habitent peu d’expatriés, il n’y a pas d’école internationale. Le système publique n’est pas vraiment recommandé, alors, la plupart des gens qui en ont les moyens vont dans des écoles privées. Nos filles (2 et 4 ans) vont dans une petite école maternelle Montessori.
3- Vos enfants sont-ils bilingues ?
Oui, français-anglais. Elles parlent français avec nous et anglais le reste du temps (école, amis), parfois anglais entres elles, lorsqu’elles jouent. Avec la dominance de l’anglais autour de nous, nos discussions sont de plus en plus parsemées de mots anglais, qu’il est difficile d’éviter …
4- Qu’-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?
Le climat, clairement, la beauté et la sauvagerie des paysages, la richesse de la culture et aussi un peu l’histoire du pays que je trouve fascinante. Au jour le jour, un confort matériel de vie comparable à celui de l’Europe, la praticité de la vie quotidienne, la facilité des contacts avec les gens, souvent souriants (plus qu’en France ?). Et puis aussi, aspect non négligeable, la langue véhiculaire, l’anglais, qui fait que je n’ai pas eu besoin d’apprendre une autre langue pour vivre une vie normale.
5- Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ?
Un cadre de vie magnifique, et une météo formidable: on peut vivre dehors toute l’année, même en plein hiver, il nous arrive fréquemment de déjeuner dans le jardin. Le contact avec la nature. Côté enfant, les nombreuses occasions de sorties en plein air, et puis, aspect non négligeable pour moi, la proximité d’écoles Montessori, une pédagogie non ostracisée comme en France. Du fait du grand multiculturalisme (peut être ?), je trouve les gens plus ouverts, intéressés par des cultures différentes de la leur.
6-Coté alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?
Les fruits et légumes. J’adore le fait que tous nos produits frais soient « Proudly South African », ainsi que beaucoup des produits transformés qui sont produits ici. J’aime aussi le fait que, comme dans beaucoup de pays en développement, la restauration hors foyer soit très abordable, ce qui fait que nous fréquentons beaucoup les restaurants. Nous découvrons la gastronomie « africaine », délicieuse. On aime le biltong (viande séchée, boeuf souvent, mais pas que, aussi du gibier -antilopes etc …), les mangues séchées, le braai (=barbecue, c’est le repas culte des sudafs, qui sont de gros mangeurs de viande). Et puis un gateau qu’on trouve fréquemment (d’origine anglaise, il me semble), le malva pudding, sucré et épicé. Ce qui nous manque ? Pas grand chose, en fait: comme tous français, des bons fromages à prix abordables, de la charcuterie… Mais on trouve aussi des produits importés de France !
7- Y a-t-il des plats typiques « étranges » ?
Typique du KwaZulu Natal, la région où nous vivons: le bunny chow, un curry servi dans un « bloc » de pain de mie, héritage de la forte influence indienne. On mange beaucoup de viande, notamment du « game » (le gibier), et des animaux peu courant, comme du crocodile, de l’antilope …
8- La vie est-elle chère ?
Ça dépend … on trouve de tous les prix, pour tout. Du fait des contraintes de sécurité, le logement peut être très cher. Pour la nourriture, encore une fois, on a toute la gamme de prix (et différents niveaux de supermarchés et de marchés), l’essence subit une hausse constante (et vertigineuse) depuis que nous sommes arrivés.
9- Côté conduite ?
Ici, on conduit à gauche, les chaussées sont souvent correctes, sauf après des grosses pluies, qui creusent, en quelques jours, des nids de poule monstrueux. Parfois on a besoin d’un 4×4 pour les excursions dans l’arrière-pays (pour l’instant, on s’en est toujours tirés sans). Mais la route est très dangereuse, les gens ne conduisent pas tous très bien et en particulier les taxis (minibus pouvant emmener jusqu’à 20 personnes), qui ont très souvent des accidents mortels. Le code de la route est vaguement respecté …
10- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalités, les habitudes culturelles du pays ?
Un certain racisme latent qui perdure entre les communautés (Blancs, Noirs, Indiens), l’attitude un peu hautaine de certains, et puis aussi ce fatalisme de ceux qui ne croient plus en l’avenir de leur pays et ne rêvent que de s’en aller, parce que « le pays part à va l’eau … ». Et encore, la nonchalance et un certain laisser-aller dans les services publiques (sans parler de la corruption).
11- L’intégration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’intégrer et de rencontrer toutes sortes de nationalités ?
Le souci constant de sécurité fait qu’on ne peut pas se promener partout ni faire facilement des rencontres hors des sentiers battus. Héritage de l’apartheid, il y a un très fort communautarisme, mais qui se mélange un peu parfois (par exemple, dans notre Estate, c’est typiquement Blanc, mais il y a aussi quelques Noirs et des Indiens). Au début, j’ai eu du mal à m’intégrer, car en tant que Blanche, je pouvais passer pour une sud africaine (ce qui n’était pas le cas à Singapour, par exemple, où j’étais directement une étrangère). Bon, avec l’accent, on voit vite que je ne suis pas d’ici ! Il n’y a pas beaucoup d’étrangers à Durban, car il n’y a pas beaucoup d’entreprises internationales, nous fréquentons un groupe d’expats assez restreint et aussi quelques sud africains, mais la grande différence socio-économique fait qu’il est parfois difficile de fréquenter des gens d’autres ethnies. Les relations entre ethnies ne sont pas toujours faciles, le passé pèse lourd, ainsi que les préjugés sur les différentes cultures. Il reste que les gens sont plutôt faciles à aborder, surtout quand on a des enfants.
12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?
Je parlais déjà anglais avant, du fait de nos précédentes expatriations. J’ai pensé à prendre des cours de zoulou (qui est la langue majoritaire dans tout le pays, tout simplement parce que les Zoulous sont l’ethnie majoritaire), mais finalement, j’ai eu d’autres priorités !
13- Décrivez votre rue/cadre de vie
Nous vivons dans un « golf estate »: une très grande résidence (plusieurs centaines de maisons), organisée autour d’un parcours de golf. C’est un endroit très huppé, très cher car la sécurité y est maximale: pour rentrer il faut un pass de résident ou alors être « invité » par un résident avec un système compliqué de codes personnels valables pour une entrée, envoyés par le bureau de sécurité central par sms. L’endroit est surveillé 24/24 avec des rondes etc … Ce qui fait que, contrairement aux maisons individuelles (hors Estate), la nôtre n’a pas de « panic button », « panic room », ou de grilles aux fenêtres. Cela donne le sentiment de vivre « normalement », mais c’est relativement trompeur. A part ça, l’endroit est très vert, très propre, très bien entretenu, ce qui contraste avec l’extérieur. Nous avons une maison avec un jardin et une piscine. Il y a beaucoup d’autres estates, grands et petits et aussi des maisons individuelles, toutes gardées par des entreprises de sécurité, ainsi que des townships et des bidonvilles. L’habitat est encore extrêmement séparé.
Umhlanga Rocks et son phare
14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses à visiter aux alentours ?
Oui ! Il y a plein de choses à faire, mais il faut aimer la nature, car les grandes villes ne sont pas des endroits sûrs (ni très intéressant, il faut le dire). Il y a évidemment, les game park (safari) et plein de réserves naturelles où l’on peut voir toutes sortes d’animaux. Nous sommes près de la côte, qui est magnifique (les plages sont relativement agitées, ce qui fait le paradis des surfeurs, mais infestées de requins …). Et puis, pour les enfants, il y a plein d’endroits aménagés, de parcs, de zoos, etc … Par contre, il faut avoir une voiture !
A quelques heures de voiture de chez nous, nous avons le Drakensberg, chaîne de montagne, donc pour nous qui aimons la rando, c’est le paradis. On peut aller au Mozambique pour des vacances plus « plage ». Maurice n’est pas loin non plus, mais il y a tellement de choses à voir dans le pays: il suffit de prendre l’avion pour se rendre au Cap ou à Johannesbourg et visiter tranquillement.
15- A quelle fréquence « rentrez »-vous en France ?
En moyenne, 1 fois par an, pour les occasions (mariages, fêtes).
16- Avez-vous prévu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne pas envie de revenir habiter en France ?
Nous ne savons pas encore … Peut être un jour, mais c’est très imprécis. Nous ne voyageons pas tant pour « fuir » la France que pour découvrir d’autres pays, profiter de ces beaux endroits. Et puis, j’ai un gros passif de vie hors de la métropole (les 2/3 de ma vie), donc, vivre hors de France n’est pas vraiment l’exception, mais cela tend à devenir la règle.
17- Face a quelle mentalité/habitude/défaut français êtes-vous + clément, avec le recul d’habiter a l’étranger ?
Euh …je ne comprends pas bien la question. Je pense que les expatriés ont tendance naturellement à être plus critiques avec certains défauts de notre culture française, tout simplement parce qu’ils voient des exemples différents et aussi parce que la vie ailleurs qu’en France nous jette à la figure notre propre mentalité de français et que souvent, nous sommes obligés de nous adapter.
18- Quel est le climat ?
Magnifique ! Le meilleur que j’ai connu ! Ensoleillé toute l’année, frais en hiver, chaud en été, pluvieux juste comme il faut … Bon, sur la côte où nous vivons, l’air est souvent poussiéreux et les enfants ont fréquemment des problèmes respiratoires, c’est un inconvénient. La météo ici est très changeante, je trouve, on peut avoir besoin d’un pull le soir ou bien vouloir dormir toutes fenêtres ouvertes le lendemain ! La côte est plus humide mais moins froide que d’autres régions, comme Johannesbourg, notamment, où il peut facilement neiger en hiver. Mais pouvoir déjeuner en terrasse toute l’année, c’est un des grands plaisirs d’ici !
19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes françaises ?)
Oh oui ! À force de déménager si souvent, nous prenons très facilement des habitudes, pour pouvoir se « mettre à l’aise » à peine arrivé dans un pays. J’adopte (presque sans le vouloir) des expressions locales comme « Shame ! » (qui ne veut rien dire mais qu’on sème à tout vent dans la conversation). J’ai aussi cessé de me battre pour que mes filles portent des chaussures, et elles vont pieds nus quand bon leur semble, comme les enfants d’ici, et mon mari s’est définitivement mis à la bière locale.
Côté habitudes françaises, la gastronomie, on y revient toujours ! Il est difficile de se départir des horaires et habitudes d’alimentation, alors, on étonne toujours quand on dit que nos enfants ne dînent pas avant 19h, ce qui est tard pour les gens d’ici qui sont plutôt des couche-tôt, lève-tôt !
19- Y-a-t-il de la censure ?
Pas que je sache …
20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « dépaysante »
On a beau habiter un complexe propret au gazon taillé au centimètre, la nature se bat pour reprendre ses droits. Et les animaux qui ont été chassés de leur habitat naturel aussi ! Du coup, il faut se méfier des fenêtres ouvertes, véritable invitation au chapardage de fruits par des bandes de singes vervet qui passe pas loin! Je me suis faite avoir un certain nombre de fois, ce qui fait bien rigoler la femme de ménage des voisins, témoin de l’orgie que ces messieurs les singes s’offraient dans ma cuisine, en mon absence !
« De ma fenêtre, je vois…. » :
Du vert, du vert et encore du vert … et une clôture de fil électrifié … ce qui résume assez bien notre cadre de vie ici !!!

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Merci Anne pour ce témoignage très intéressant d’un pays sauvage et attirant… L’anecdote des singes dans la cuisine m’a fait beaucoup rire 🙂

Edit : j’ai oublié de mentionner le blog d’Anne :

Et encore désolée pour cette mise en page un peu trop « concentrée »… wordpress ne veut rien entendre…

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Continuez de m’envoyer vos candidatures spontanées, c’est toujours un plaisir de découvrir de nouvelles destinations. Et si votre coin de quotidien a déjà été « visité » dans ce blog, pas de souci : le regard est toujours différent !

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