Gwenn, le chien laqué, le riz (presque) tous les jours et les motos à contre-sens…. à Hanoi (Vietnam)

9 05 2011

Gwenn (25 ans), Mathias (31 ans) et Aliénor (3 ans) à Hanoi (Viet Nam

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1- Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ? Est-ce la premiere fois que vous vivez a l’etranger ?

On est arrivés à Hanoi il y a un peu plus de 6 mois, et pour le moment on envisage d’y rester pour 2 ans… au moins ! C’est la première fois que l’on vit à l’étranger ; avant, j’avais pas mal voyagé, Mathias aussi un peu, mais ni l’un ni l’autre n’avait vécu ailleurs qu’en région parisienne.

2- Comment se passe la scolarisation ? Y-a-t-il des ecoles francaises ? Y avez-vous mis vos enfants ou au contraire avez-vous opte pour le systeme anglais (ou autre) ? Avez-vous acces a d’autres pedadogies ?

Il y a un lycée français (de la toute petite section à la terminale) où est scolarisée notre fille. En maternelle, les élèves sont surtout vietnamiens et il y a aussi quelques autres nationalités. On aurait pu la mettre en école « internationale » : ce sont des kindergarten privés, plus ou moins sérieux, qui pullulent dans le quartier des expats, tous en anglais. Mais d’une part ils sont généralement loin de chez nous, d’autre part ils coûtent très cher : entre 500 et 1000 US$ par mois pour de grosses matinées. (Le lycée français en maternelle et pour les Français ne coûte « que » 200€ par mois).

Autant que je sache, c’est compliqué de scolariser un enfant étranger en école vietnamienne, les places manquent.

Il y avait une petite école française qui travaillait à base de pédagogie Montessori, mais elle n’a fonctionné que 2 ou 3 ans et a fermé juste avant qu’on arrive (à cause des vicissitudes immobilières locales apparemment). Il y a également un kindergarten qui se réclame de la pédagogie Montessori, mais je pense malheureusement que c’est plus un argument marketing qu’un réel engagement !

3- Vos enfants sont-ils bilingues ?

Non pas du tout. Elle connaît 3 ou 4 mots de viet, mais c’est tout. Il faudrait qu’elle ait une nounou vietnamienne pour cela, mais on n’a pas besoin de nounou pour le moment… Mais j’aimerais qu’elle l’apprenne !
Par ailleurs, à partir de la moyenne section il y a une classe bilingue franco-anglais au lycée français, on verra cela le moment venu.

4- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalites, les habitudes culturelles du pays ?

Le machisme ambiant ! Ce sont les femmes qui font tout : elles travaillent autant que les hommes et parfois aux tâches les plus difficiles (manutentionnaires, transport des pondéreux sur les chantiers), elles s’occupent des enfants et assurent TOUTES les tâches domestiques, y compris quand il y a une belle-mère retraitée chez qui le jeune couple vit… ! Les hommes n’imaginent même pas faire les courses ou faire à manger, ni quoi que ce soit de ce genre. Et personne ne semble remettre cela en cause !

L’habitude qu’ils ont de se déplacer à moto partout et d’estimer être dans leur bon droit : même sur les trottoirs ou DANS un marché couvert on risque de se faire renverser.

Autre habitude à laquelle j’ai du mal à me faire : la flexibilité des horaires – on peut très bien donner un rendez-vous à un moment et n’arriver que plusieurs heures plus tard ou ne pas venir du tout…

Enfin, l’habitude qu’ils ont de faire toujours payer plus les étrangers. C’est pire dans les zones touristiques, où on n’hésite pas à vendre des services que l’on n’assure pas etc. Globalement,les gens qui travaillent dans le tourisme sont très agaçants…

5- Qu’est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?

Le souk ambiant, l’informalité, le fait que l’on peut toujours se débrouiller pour parvenir à ses fins. Trois petits sièges en plastique posés dans la rue – et hop ! ça fait un café. Un compresseur et des rustines et hop ! ça fait un garage à deux-roues.

On est aussi bien accueillis, les gens sont généralement amusés de nous voir avec une minus de 3 ans aux cheveux clairs, et sont donc très souriants.

Et puis ça reste un pays en développement avec ses aléas et ses manques – coupures d’électricité, absence de tout plein de choses auxquelles on est très habitués en Occident comme par exemple un aspirateur etc., et pour l’instant, ça m’amuse d’avoir à me débrouiller avec beaucoup moins de choses.

6- Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ?

Déjà, ce côté informel dans toutes choses, comme dit précédemment.

Ensuite, un cadre de vie dépaysant, où beaucoup de choses m’interrogent : l’habitude des gens de brûler des choses (faux billets, encens etc.) sur le trottoir dans la rue, les autels pour les ancêtres, les poules tuées après achat au marché informel (sur le trottoir, donc)…

Aussi, de grandes maisons en centre ville à prix abordable : quand on vient de région parisienne, ça n’est pas rien ! Les étrangers payent leurs logements 3-4 fois plus cher que ce qu’ils coûteraient à des Viets, mais cela reste abordable et donc confortable. Nous, on a une maison d’une centaine de mètres-carré dans les beaux-quartiers avec une grande terrasse pour un peu plus de 500€ par mois… et pour à peine plus, on trouve des maisons avec jardins dans le quartier des expats.

7- Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

J’adore leurs soupes avec plein de choses dedans, surtout les bun bo (pates de riz fraiches, bœuf grillé, herbes, cacahuètes etc.), que je n’appréciais guère la première fois qu’on est venus il y a deux ans… les goûts changent ! Les nems, le riz gluant… On mange généralement très bien un peu partout, et la réputation de la gastronomie viet n’est pas usurpée.

Il y a bien sûr des choses qui manquent : du chocolat, que l’on trouve mais qui coûte cher, du vrai bon pain avec de la vraie croûte, de la crème fraiche, le fromage manque cruellement à mon compagnon qui s’est rabattu avec beaucoup de dépit sur la Vache qui rit… En fait tout cela se trouve, mais c’est plutôt très cher, surtout quand on compare au niveau de vie des Viets… et j’ai de la mauvaise conscience à consommer des produits qui ont fait des milliers de kilomètres.

8- Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

Oh oui, et pas qu’un peu ! J’ai l’impression que les Viets n’ont pas vraiment de tabou alimentaire, et tout ce qui est sur terre peut se manger. La première fois que l’on voit un chien entier laqué, ça fait bizarre… Il paraît qu’ils mangent du chat aussi. Ils boivent le sang frais d’un serpent que l’on vient d’égorger avant de déguster le reste de la bête, ils mangent de la tortue à carapace molle, ils mangent de gros crapauds noirs et boutonneux (c’est pour les enfants apparemment), ils mangent des œufs de canne couvés (soit, si je ne me trompe, des embryons de canards… !). En revanche, ils mangent peu d’insectes (contrairement à leurs voisins chinois et cambodgiens).

Côté légumes, ils mangent énormément de feuilles, ce qui surprend au début, mais on s’y fait. Là où en Occident on ne mange en gros que des épinards et de la salade, eux consomment tout type de feuilles comestibles – feuilles de moutarde, feuilles de courges etc. J’ai été surprise la première fois quand, dans mon panier de légumes bios (genre d’AMAP mise en place par une ONG locale), j’ai eu des aubergines et leurs feuilles !

9- La vie est-elle chere ?

Nettement moins qu’en France, mais les étrangers payent beaucoup de choses beaucoup plus cher que les Viets. J’ai parlé des loyers, mais c’est vrai aussi pour l’électricité où, du fait qu’on est étranger, on paye toujours le tarif maximal quand les Viets ont un tarif progressif. On paye souvent plus cher les produits au marché car on ne marchande pas toujours assez… (mais c’est aussi le cas de mon interprète, parce qu’elle a l’accent du Sud du pays !). De plus les écoles sont chères, mais pour beaucoup d’expats c’est payé par l’employeur.

A côté de cela, le téléphone ne coûte pas grand-chose, le bus coûte 10cts le trajet, un café coûte 50cts (et 1€ dans les endroits un peu chics), un repas dehors moyen coûte 4€ pour nous 3, une réparation de fuite un dimanche par un plombier coûte 3 à 6€, une entrée au musée coûte 1 à 2€…

10- Cote conduite ?

Ils sont tarés ! C’est le gros point noir du pays : ils y a des tonnes de motos et ils conduisent comme des fous. Apparemment, beaucoup de gens n’ont pas de permis, et même quand ils en ont le code de la route semble totalement inexistant. Ils n’hésitent pas à prendre des voies rapides à contre-sens et à toute allure, pour tourner à gauche à un carrefour on coupe la route de ceux qui viennent en face, si ça bouchonne on passe par le trottoir, les bus utilisent la voie en sens inverse pour doubler les deux-roues… C’est l’anarchie la plus complète, et il faut bien dire que c’est certainement très dangereux. Ils n’ont aucune idée de ce à quoi peuvent servir des rétros, qu’ils ont seulement parce que c’est obligatoire, comme le casque : ils portent des casques de vélo tout pourris parce que cela tient moins chaud, et aucun enfant n’en porte… Les bébés sont portés dans les bras sans aucune attache à quelque parent que ce soit, de façon à être parfaitement éjectables en cas de choc ! Les phares et clignotants sont bien évidemment en option, et il n’est pas rare de voir des motos prendre un rond-point à contresens parce que c’est plus rapide par ce côté…

11- L’integration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’integrer et de rencontrer toutes sortes de nationalites ?

Non parce qu’il y a une barrière de langue très forte : le viet est très difficile à prononcer pour nous autres pauvres Occidentaux, et peu nombreux sont les gens qui parlent correctement l’anglais, encore moins le français… En revanche, il est plutôt facile de rencontrer toute sorte de nationalités : il y a un site d’expats qui répertorient toute sorte d’événements et il suffit d’y assister pour rencontrer des gens. Il y a aussi une association de Français plutôt active. Mais nous ne sommes pas des êtres très sociaux !

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

On prend des cours, mais c’est une langue cruelle : on a l’impression de dire les choses correctement et en fait on ne se fait pas comprendre du tout. C’est une langue tonale et le changement de ton conduit à changer complètement le sens du mot. Mais on apprend et je peux désormais à peu près négocier en viet, c’est déjà un bon point !

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

On habite dans une ruelle avec, à l’entrée, un « magasin de vêtements » (habits accrochés un peu partout sur les murs de la ruelle par notre voisine), et quelques maisons dont les cuisines et salles d’eau sont séparées de la maison principale (sauf chez nous) : c’est un grand classique ici que ces pièces soient de l’autre côté de la ruelle, et c’est entre autres ce qui fait que la vie se passe largement dehors. En fait, en règle générale, les portes des maisons restent ouvertes et la vie se passe à l’extérieur.

On habite dans une ancienne maison coloniale de l’ancien quartier français, qui est un des quartiers plutôt chics de la ville, au Sud du centre. C’est plutôt très bruyant (à cause de toutes les motos) et poussiéreux (comme partout dans le pays), mais c’est très vivant.

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

Oui et non. Il y pas mal de choses à voir dans les 200 km autour de Hanoi (à commencer par la baie d’Along par exemple), mais même quand les infrastructures sont en bon état, les temps de trajet sont colossaux ! Il ne faut pas espérer mettre moins de 2h pour aller à 60km de la ville… Il y a des trains, mais ils ne vont pas partout, et sinon il est assez facile de louer une voiture avec chauffeur.

15- A quelle frequence « rentrez »-vous en France ?

On n’est pas encore rentrés mais on a un séjour prévu d’ici un mois pour aller voir mon neveu tout neuf, et se ravitailler en livres et chocolat. Au-delà, je ne sais pas…

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

Je suppose qu’on y retournera un jour, mais pour l’instant je n’en ai pas envie. J’aime bien le fait de vivre à l’étranger, de ne pas être comprise quand je parle en français, le fait d’être dans un pays en développement, d’avoir plein de choses à y découvrir… Je n’ai pas envie de rentrer pour l’instant déjà parce que c’est beaucoup trop compliqué de se loger correctement,et puis parce que ce n’est pas assez dépaysant !

17- Face a quelle mentalite/habitude/defaut francais etes-vous + clement, avec le recul d’habiter a l’etranger ?

La façon dont les Parisiens conduisent : finalement, à côté d’ici, ils sont plutôt courtois !

18- Quel est le climat ?

Humide et frais en hiver (surtout que rien n’est prévu pour chauffer les intérieurs, tout est tout le temps ouvert… du coup c’est rigolo : dès qu’il fait moins de 15°, les Viets s’emmitouflent dans de grosses doudounes et restent habillés comme cela sur leur lieu de travail !), et rapidement chaud et humide au printemps et en été. L’automne est très doux en revanche !

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

Passer devant tout le monde quand il y a une queue, griller les feux rouges quand je dois tourner à droite, remonter par le trottoir si je dois aller en contresens, transporter tout et n’importe quoi en scooter (deux tables, par exemple), boire du café glacé avec du lait concentré sucré plusieurs fois par jour…

En revanche, je continue de ne pas jeter mes déchets partout, même quand ma fille me demande « est ce que je peux jeter mon papier par terre ? » au parc… Je continue de manger sucré le matin, quand eux mangent des soupes très épicées, et si on mange du riz presque tous les jours, on n’en mange pas à TOUS les repas !

19- Y-a-t-il de la censure ?

Oh oui ! Le pays est dirigé par le Parti Communiste (parti unique, bien sûr) : c’est rarement très compatible avec une grande liberté d’expression ! Tout ce qui est publié ou diffusé passe par la censure – et elle fait un vrai travail de tri. Il y a encore des réunions entre les membres du Parti et les directeurs de journaux pour prévoir la façon dont sera traitée l’actualité. Un homme a été condamné à plusieurs années de prison il y a peu pour diffamations contre l’Etat. Il y a actuellement plusieurs blogueurs un peu contestataires en prison. Des sites, des blogs et des forums sont régulièrement interdits, de même que certains ouvrages. Facebook est (théoriquement) bloqué, surtout depuis juste avant le 11ème congrès du Parti en janvier dernier, de même que Deezer et d’autres sites internationaux. On peut critiquer l’Etat ou le Parti, mais pas trop et pas n’importe comment…!

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante »

J’aurais pu parler des hauts-parleurs qui, dans la rue, deux fois par jour, prêchent la bonne parole politique, mais ils sont progressivement démantelés. Alors je vais emprunter ses histoires à mon compagnon : en cours de conversation avec des élèves vietnamiens du lycée français :

  • Vous avez des animaux de compagnie ?

  • Oui, j’avais un chat, mais ma grand-mère l’a tué pour le manger !

    J’ai pu lire qu’ici, dès que la température descend sous les 10°, les écoles publiques ferment !
    (En Russie, autant que je sache, il faut attendre les -30° au moins 😉 )

21- De ma fenêtre, je vois…

De la fenêtre de notre chambre, je vois le fond de la ruelle, avec les maisons imbriquées les unes dans les autres ; les câbles électriques qui, dans toute ville en développement qui se respecte, sillonnent anarchiquement les rues ; les restes de peinture jaune et volets verts typiques des bâtiments français ; et le ciel désespérément blanc (ce qui n’est pas rare ici).

Si vous voulez découvrir le reste de Hanoi, allez faire un tour sur le blog de Gwenn et Mathias :

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La semaine prochaine, on rejoint Anne-Sophie en Algérie !