Agnès, les oeufs de fourmis, les arbres mauves et la fête des morts… à Mexico (Mexique)

19 09 2011

Ce que je vois aujourd’hui, de ma fenêtre; c’est ça, le Pacifique. Mais c’est seulement pour quelques jours, car je vis à Mexico, pas sur la côte Pacifique (je suis en vacances…).

Ma vue à México est magnifique de toutes façons et vous pouvez la voir sur mon blog http://monfiletapapillons.blogspot.com/. Cet arbre mauve est une jacaranda, elle fleurit de février à mai.

(clic sur l’image sur accéder au blog)

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J’ai 38 ans, je vis à Mexico depuis 1997, déjà 14 ans… Je suis mexicaine depuis 5 ans (par choix et vocation!) et française de naissance. Le Mexique est ma terre nourricière, et Mexico, mon labyrinthe intérieur… Avant le Mexique, que je connaissais avant de m’y installer, j’ai vécu en Angleterre et j’ai beaucoup voyagé, surtout en Inde. Je crois que mon vrai pays, c’est le voyage…

Je suis prof de fac. J’ai fait mon doctorat de philo ici, après mes études à La Sorbonne. J’ai trouvé une proximité dans les rapports avec les profs qui m’avait toujours manqué… J’adore mon métier, mais j’aimerais beaucoup travailler un peu en français.

 

J’ai toujours une intonation française en espagnol, et j’incruste des mots espagnols quand je parle français, c’est mon accent… Mon mari est franco-mexicain et nous parlons parfois une langue étrange…

 

Ce que j’aime par-dessus tout au Mexique, c’est la très belle créativité qui inonde les rues, les marchés, les maisons… C’est un pays vraiment joyeux où les générations se mêlent facilement. Les mexicains sont très curieux, très accueillants, on oublie rapidement qu’on est étranger, dès que l’on parle espagnol (il faut compter 3 mois). Je ne me suis pas sentie étrangère longtemps à Mexico, et dès l’atterrissage, je sais que je suis chez moi. C´est aussi une ville très cosmopolite et je fréquente beaucoup de mexicano-quelquechose (mexicano-américain, franco-mexicain, argentino-mexicain, mexicano-japonais, etc.

 

Je trouve au Mexique une vitalité, une énergie et une créativité que je ne vivais pas en France. Et puis c’est un pays où la jeunesse est très nombreuse, cela se sent. Mexico est pour moi la ville des villes, ça va vite, les modes se font et se défont, il y a une culture urbaine très intéressante, une scène underground très influencée par le Japon, du graphisme, de la musique, des images, c’est un terrain très fertile, il y a toujours quelque chose à voir, tous les jours, quelque chose m’étonne.

 

Et puis la nourriture, ici, c’est tout ce que j’aime: des fruits colorés, goûteux, des légumes délicieux, des mets très sophistiqués mais pas compliqués, une cuisine des familles vraiment réconfortante et mille possibilités de manger sur le pouce… Quand je suis loin du Mexique, tout cela me manque très rapidement… J´ai du mal avec la cuisine française maintenant, mais c´est certainement parce qu’elle n’est plus adaptée à mon mode de vie. En cas d’envie pressante de croissant ou de pain, il y a une formidable pâtissière française à quelques rues de chez moi. Je sais que les expats qui vivent ici trouvent tout ce qui leur manque. Mexico est une méga-capitale, on trouve tout, lycée français, Pied de Cochon (et oui), camembert, saucisson, etc. Donc pas forcément exotique si l’on ne fait pas l’effort de s’aventurer hors des sentiers battus.

Il y a des plats étranges, (pour tous, mexicains compris) comme les oeufs de fourmis, les sauterelles grillées ou les vers du maguey, et puis de la glace au maïs ou à l avocat, et les bonbons au chile (un délice, on se rend vraiment compte que le goût s’éduque…).

 

A Mexico la vie est chère, pas en province. Mais les loyers n’ont rien à voir avec Paris, et les espaces non plus. On se loge facilement pour 400 euros par mois dans au moins 80 mètres carrés et souvent dans des apparts très beaux, des années 50.

 

Le climat de Mexico est très agréable, frais, nous sommes en montagne (2300m), c´est une ville fatigante, qui ne dort jamais, il faut se ménager et prendre des vacances à la plage régulièrement! Il faudrait aussi que je vous parle de la langue, si riche, on parle souvent avec des jeux de mots, il y a un double sens possible presque tout le temps et il faut être alerte!

 

Les gens conduisent plutôt lentement et oublient leur clignotant, et se garent en double file, mais je trouve qu´universellement les gens deviennent idiots au volant. Ici la voiture est un signe extérieur de richesse, un statut social, et les mexicains sont les plus endettés au monde, avec les russes, dans leurs achats de voitures. Au volant, les gens manquent totalement de civisme. Mais pas qu´au volant. Il y a un très bon système de transports en commun à Mexico et nous avons aussi des vélibs (les écobicis) dans quelques quartiers.

 

Ce qui peut être irritant culturellement est la difficulté des mexicains à dire non. Il faut s´entraîner consciencieusement pour reconnaître les oui oui et les oui non. Et puis un jour, on finit soi-même par lâcher un oui non et l´intégration est réussie. Il y aussi une autre notion de la ponctualité mais cela ne m´a jamais dérangé, je n´ai aucun mal à attendre ou à être en retard. On vit beaucoup dans le présent, il peut donc se présenter des événements à même d´altérer un futur proche… je comprends cela très bien!

 

Le Mexique est un pays immense, d´une très grande richesse et diversité culturelle, on ne termine jamais de le découvrir. Il y a tant de fêtes à vivre, il ne faut surtout jamais rater ni un mariage (les plus gais au monde), ni un enterrement (les veillées sont très belles), ni surtout, une fête des morts (1 novembre). A peine sortis de la ville, on est dépaysé…

 

Le pays est en ce moment miné par les narco-traficants. La réalité du problème est invisible pour les touristes qui n´auront pas l´occasion de se frotter aux quartiers ou aux villes touchés. Nous ne sommes affectés, dans notre vie quotidienne, que par la lecture de la presse, et parce qu´il s´agit de notre pays, que nous voyons, impuissants, se gangrener. Ce qui est le plus difficile à supporter, c´est la corruption, étendue à toutes les classes sociales. Même les étudiants cherchent à négocier leurs notes (mais pas avec de l´argent) et la fermeté, à tous égards, est vécue comme de l´agressivité. Le plus douloureux, au Mexique, ce sont les castes sociales, très rigides, souvent surréalistes, les uns ignorant les autres, des mondes parallèles se frôlent à peine. J´en veux beaucoup aux classes sociales richissimes qui en font le moins possibles pour leur pays.

 

Je vais en moyenne une fois par an en France, parfois moins. J´ai de la famille là-bas et des amis très chers qui me manquent. Ce qui me manque aussi, ce sont les livres, en français, si peu chers et un amour de la culture qui est très particulier. Si je vis un jour en France, ça serait dans le sud. Je me sens étrangère en France, même si tout à coup mes codes sont immédiatement compris. C´est un sentiment très étrange et difficile à expliquer. Je ne rentre pas en France, je rentre au Mexique.

 

J´ai quitté le Mexique pendant un an et demi, en 2008, pour traverser le continent à bord d´une camionnette, avec mon mari, en fabriquant du biodiesel. Je raconte ce voyage dans ce blog, http://retourenpatagonie.blogspot.com/, c´était tout un projet. Quitter le Mexique fut très difficile, y revenir peut-être encore plus, mais après deux ans, je suis à nouveau conquise…

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Un grand MERCI, Agnès, pour ce superbe témoignage, très personnel, qui donne immédiatement envie de faire ses valises !

Je vous conseille le blog d’Agnès sur son périple en Patagonie, dont seul le nom me fait déjà rêver… 🙂

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La semaine prochaine, direction… le Japon, avec Jessica ?