Daphne, ses ptits Lu, son maillot de bain et son hamac… a Tel Aviv (Israel)

27 03 2011

Note de la redactrice : Me voila enfin de retour apres notre emmenagement, avec une connexion internet, un clavier qwertyuiop mais des cartons toujours sur un bateau au large de l’Afrique  (2 mois apres notre depart !)

De retour en France, mais toujours partante pour recueillir des temoignages presentant la vie des Francais un peu partout dans le monde…

Je peux donc reprendre le fil de ce blog, avec 3 temoignages a venir : cette semaine Daphne a Tel Aviv, lundi 4 avril Severine a New York et lundi 11 avril Lily a Londres.

C’est reparti !

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Et maintenant la parole a Daphne :

1- Depuis combien de temps habitez-vous dans ce pays ? Pour combien de temps ? Est-ce la premiere fois que vous vivez a l’etranger ?

Je vis en israel, à tel-aviv exactement, depuis 3 ans et demi. Je fais mes études ici, donc je resterai jusqu’à la fin de mon doctorat, encore deux ans, au minimum, mais je n’ai pas de réelle date, je peux aussi bien rester encore 10 ans ! J’avais beaucoup voyagé avant, mais jamais je n’avais vécu ailleurs qu’à paris.

2- Comment se passe la scolarisation ? Y-a-t-il des ecoles francaises ?

Je n’ai pas d’enfants, mais je sais qu’ici existe deux complexes scolaires francophones : le collège marc chagall à newe tsedek, au sud de tel-aviv, et le lycée français à jaffa, qui permettent de scolariser en français de la maternelle au bac. Il y a aussi un montessori (newe tsedek aussi), mais non francophone. Nullipare, mais je me renseigne quand meme, si je fais toute ma vie ici, c’est le seul moyen d’assurer le lien culturel avec la france. Je veux que mes enfants lisent en français !

3- Vos enfants sont-ils bilingues ?

Pas encore d’enfants ! Mais ce sera forcément le cas, tout le monde ici parle au moins deux langues, beaucoup trois !

4- Qu-est-ce qui vous fait vous sentir bien dans le pays ?

Pour commencer le climat. C’est incomparable, ça change la vie. L’été presque toute l’année ça aide à garder le moral.

Ensuite, les relations avec les gens sont plus simples, plus directes. On est en Méditerrannée, les gens sont plus chaleureux.

C’est une terre d’immigration, des gens arrivent de partout tout le temps : Russie, Ethiopie, Kazakstan, Espagne, Etats-unis, Australie… Toutes les nationalités sont représentées et les gens ont l’habitude d’être confrontés à des «étrangers» ou nouveaux migrants.

5- Qu’est-ce que vous y trouvez que vous ne trouviez pas en France ? (en positif, cote mentalite principalement)

Paradoxalement, beaucoup plus de calme. La chaleur, la mer font qu’il y a une ambiance de vacances permanente. Toute la ville est en bord de mer, on se retrouve en maillot de bain à jouer aux raquettes ou à boire un jus de fruits frais sans avoir besoin de s’organiser : c’est à 2 minutes à pieds.

Et puis je peux faire du vélo partout, il y a une grande promenade tout le long de la mer, et un grand parc le long du fleuve. Allez trouver ça à Paris…

6- Cote alimentation, qu’est-ce que vous adorez ? A l’inverse, y-a-t-il qq chose qui vous manque et que vous ne trouvez pas ?

Ici, c’est falafel ou shawarma. Pas très gatronomique, mais je peux manger des falafels chaque jour, c’est délicieux et bon pour la santé.

Beaucoup de choses manquent… A cause du climat, il est impossible de trouver du bon chocolat ici… Côté biscuits, l’influence américaine est forte, donc on trouve des Oreos, mais point de Lu et de Bonne Maman… Du coup, je fais des stocks quand je vais en France.

Et, évidemment, impossible de trouver de la bonne charcuterie…impossible.

7- Y a-t-il des plats typiques « etranges » ?

Pas vraiment, la cuisine israelienne est..simple ! Mais dans la cuisine traditionnelle juive ashkénaze, oui ! Il y a le gefilte fish, une horreur !

8- Qu’est-ce qui vous agace le + dans les mentalites, les habitudes culturelles du pays ?

Dans la mentalité, c’est le fait que tout le monde accepte le racisme facilement. C’est tellement monnaie courante ici, c’est tellement tout le monde contre tout le monde, que plus personne n’est choqué. Moi, je ne m’y ferai jamais.

Après, il y a une espèce de paresse intellectuelle généralisée qui est en train de changer. J’ai l’impression que les choix culturels sont tiraillés entre l’influence américaine et celle européenne. Il y a à la fois le goût de l’entertainment et un côté très ashkénaze exigent, intellectuel, raffiné. Je suis scandalisée quand je constate que beaucoup de jeunes filles ici parlent espagnol non parce qu’elles l’ont appris, mais parce qu’elles ont grandi devant les télénovellas americano-mexicaines ! Ça, ça me fait un peu peur pour mes futurs enfants, qu’ils soient vus comme des «snobs»…

9- La vie est-elle chere ?

Pour les européens, non, mais pour les israéliens, oui. Les appartements sont très chers et les règlementations sont très lâches, du coup, les proprétaires n’ont aucun mal à louer des taudis à prix d’or. Du coup beaucoup de trentenaires vivent encore en colloc’…

Les études universitaires sont à l’anglo-saxonne, donc chères. Tous les étudiants travaillent en même temps, c’est obigatoire financièrement.

Pour la nourriture et les sorties, là, c’est très raisonnable, vraiment moins cher qu’en europe.

10- Cote conduite

Les israeliens conduisent comme on marche dans la rue : en regardant le paysage, en ne signalant aucune intention de tourner, et en klaxonnant / criant à la moindre occasion. C’est une horreur, il y a des embouteillages à toutes les heures du jour et de la nuit… Je n’avais jamais eu peur en voiture dans ma vie, ni en Inde ni en Chine, mais ici, à chaque fois qu’on prend la voiture, je suis stressee. Je ne passe pas mon permis tellement j’ai peur de conduire ici ! Et mon copain est à deux doigts de me faire asseoir à l’arrière tellement je suis tendue en voyant la circulation ; toutes les deux minutes je lui dis «attention ! Attention !»…

11- L’integration est-elle facile ? Y-a-t-il un communautarisme fort ou au contraire est-il facile de s’integrer et de rencontrer toutes sortes de nationalites ?

C’est justement le paradoxe, dans ce bazar général des nationalités et des religions, malgré le racisme diffus, tout le monde finit par se tolérer, parce qu’il n’y a pas d’ethnie dominante. Les sabras, ceux qui sont nés en Israel, savent que leur pays existe grâce à la venue des étrangers, depuis des siècles. Les étrangers, nouveaux migrants ou expatriés, ne se sentent jamais en minorité.

La deuxième question qu’on se pose en général quand on rencontre quelqu’un, c’est d’où il vient, et, s’il est né ici, d’où viennent ses parents. On a tous des origines différentes et les mélanges sont nombreux. Du coup, oui, c’est vraiment facile de s’intégrer, c’est l’essence de ce pays, l’intégration.

Bien que ce soit un pays à majorité juive, à Tel-aviv on ne sent pas la présence de la religion. C’est le contraire à Jérusalem, évidemment, mais jamais je ne vivrai là-bas !

12- Connaissez-vous la langue du pays ? Avez-vous pris des cours ?

Je parle hébreu très correctement, l’écrit et le lit très lentement. Je m’y suis mise sérieusement la deuxième année, parce que l’hébreu n’est tout simplement pas une langue nécessaire… On peut manger, se déplacer, se loger, payer ses factures sans parler hébreu… J’ai quand même pris des cours en «oulpan», studios de langues très nombreux en israel vu l’immigration permanente, puis avec une copine on a fait une échange : je lui ai appris le français, elle m’a appris l’hébreu. Aujourd’hui, avec mon copain, je lui apprend le français et il m’aide à perfectionner mon hébreu. On parle un mélange de trois langues à la maison, c’est plutôt rigolo.

13- Decrivez votre rue/cadre de vie

Je vis dans une petite rue entre la mer et le marché. Tout au sud de la ville, à 5 minutes de jaffa, dans le quartier yéménite, un des plus vieux quartiers de tel-aviv, pas encore rénové. Je voulais absolument vivre là, car après avoir vécu dans le nord huppé, puis dans le centre branché, je voulais vivre «au moyen-orient» ! C’est un quadrillage de petites rues piétonnes où les maisons ne dépassent pas deux étages, pleines de chats, et où de 5h du matin à 15h je peux trouver tous les produits frais du pays.

Je fais tout à pieds, sauf la fac, là j’ai une bonne demi heure de bus, ou à vélo, et presque tout est ouvert 24h/24, ce qui rend la vie plus simple quand on est tête en l’air !

Et tous les week-end, et même parfois en semaine, plage !

Notre appartement est plutôt petit, parce que les logements sont chers ici, mais il est récent et propre, ce qui n’est pas monnaie courante à Tel-aviv, surtout dans le sud de la ville. Comme tous les immeubles construits dans la dernière décennie, il y a une colonne anti bombardement. Dans chaque appartement il y a un abri. Chez nous, une fenêtre y a été percée et du coup c’est une chambre très très bien isolée ! C’est la loi qui exige ces abris…mais on ne l’a jamais utilisé comme abri. C’est notre chambre.

Comme dans la plupart des appartements de tel-aviv, nous avons un balcon. Cet été, on accroche un hamac !

14- Est-il facile de partir en we ? Y’a-t-il beaucoup de choses a visiter aux alentours ?

Partir en week-end : rien de plus simple. Tout est petit ici, donc même quand il y a des embouteillages, c’est maximum une heure ! On est hors de la ville en 20 minutes, et tout de suite il y a des sites archéologiques, Jérusalem est à 45 minutes, on peut faire l’aller retour dans la journée, il y a des forêts à une demi heure de la ville, et pour la montagne, c’est maximum 3 heures de voiture vers le nord, un peu moins pour le lac de tibériade. Et pour plus de chaleur, le désert est à deux heures, la forteresse de masada, la mer morte ou, un peu plus loin, la mer rouge…pour 50 euros on prend l’avion et 30min plus tard on est à Eilat avec les dauphins. Envie d’aller encore plus loin ? On passe la frontière égyptienne et on va se poser 3 jours dans une cabane au bord de la mer !

C’est un mouchoir de poche israel, mais entre les réserves naturelles (birdwatcher, à vos caméras), les sites archéologiques, les paysages, les 4 mers…on ne peut pas s’ennuyer ! Dans la même journée, on peut faire du ski et se baigner avec les dauphins !

15- A quelle frequence « rentrez »-vous en France ?

Au début jusqu’à 5 fois par an, parfois pour seulement 2 jours ! Là je suis plus à 3 fois par an, mais plus longtemps.

16- Avez-vous prevu de revenir vivre en France un jour ? Qu-est-ce qui ne vous donne PAS envie de revenir habiter en France ?

Revenir, ce n’est pas au programme…

Déjà, je ne veux plus jamais habiter à Paris. Trop de stress, trop de pollution, trop d’égoïsme, trop de trop. Pour la France en général, ce qui m’exaspère, c’est la façon qu’ont les gens de se plaindre constamment, mais constamment, alors qu’on vit dans un pays beau, riche, démocratique etc. Je ne supporte pas l’esprit enfant gâté et je ne pourrais pas le souffrir au quotidien…

17- Face a quelle mentalite/habitude/defaut francais etes-vous + clement, avec le recul d’habiter a l’etranger ?

Vivre à l’étranger m’a réconcilliée avec le patriotisme. Je n’avais jamais pris conscience que je suis contente d’être française. C’est un cliché, répandu ici aussi, que nous nous prennons pour les rois du monde, mais j’ai mesuré la qualité intellectuelle de mon pays d’origine, et je pense vraiment qu’on a quelques raisons d’être fiers.

18- Quel est le climat ?

Chaud et sec la plupart de l’année, très très humide en été jusqu’à 90%… Mais presque pas de pluie…

19- Avez-vous des «habitudes » ? (Pris des habitudes locales ? Ou au contraire garde des habitudes francaises ?)

J’ai pris plein d’habitudes locales ! Le petit déjeuner du vendredi matin en terrasse : oeufs, fromage blanc et salade israélienne avec un jus d’orange frais. Le brunch du vendredi, c’est le must des tel-avivim.

Je peux désormais boire une bière l’après-midi à la plage, comme tout le monde.

Et le diner familial (famille de mon copain) est indéboulonnable du vendredi soir. TOUT le monde dine chez ses parents le vendredi soir. Et je fais les fêtes juives, je jeune à kippour, je me déguise à purim, mais je mange du blé à pessah…quand même !

Une seule chose à laquelle je ne cèderai pas : les crocs dans la rue ! En tant que parisienne, je ne pourrais jamais !

19- Y-a-t-il de la censure ?

Oui, de l’armée principalement. Sinon, la liberté d’expression est très grande. Les moyens de communication modernes sont complètement intégrés dans la habitudes, et tout le monde peut s’exprimer. Les journaux d’opposition sont libres et la presse internationale est largement diffusée.

20- Vous pouvez terminer sur une anecdote « depaysante »

…Mmh une scène m’a fait comprendre que ce pays est comme nul autre. J’emménageais dans mon deuxième appartement ici, du coup j’étais allee faire un tour à l’unique Ikea du pays. Tout est comme en Europe, c’est interchangeable, il n’y a rien d’original. Donc, comme en Europe, près des caisses, il y a des palettes couvertes de petits articles à acheter à la dernière minute : des torchons, des pinces à linge, des verres… Un homme un peu maladroit avec son charriot renverse une palette chargée de verres…. Éclats, bris, plein de bruit….et là, TOUS les clients crient en coeur «MAZAL TOV !!!»

J’en rigole encore ! Je n’avais jamais vu ça, et c’est ce que j’adore chez les israëliens : le sens de l’humour !

Et de ma fenêtre je vois….

Je vois l’arbre du jardin de mon immeuble, et au loin ceux des autres jardins des autres immeubles. Et en levant un tout petit peu la tête, le ciel. J’habite au troisième étage, les immeubles en ont quatre maximum, donc on voit facilement le ciel, qui est presque toujours bleu !

***

Merci Daphne pour ce temoignage super interessant !

La semaine prochaine, on retrouve Severine pour une nouvelle viree a New York !